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​Pour l’historienne Karima Dirèche : « Le hirak reprend à son compte les fondamentaux de l’histoire révolutionnaire algérienne »

dimanche 7 mars 2021, par Michel Berthélémy

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L’historienne Karima Dirèche, directrice de recherche au CNRS Aix-Marseille Université, considère que « la réappropriation par les manifestants du hirak des symboles révolutionnaires (le 1ᵉʳ Novembre, l’emblème national, « un seul héros, le peuple »…) participe à cette volonté de renouer avec une histoire de combats et de résistances dont le but était la liberté, la justice et l’égalité ».

Source : El Watan.com, 21 février 2021

• Quelle analyse faites-vous du rapport « Histoire et mémoires de la colonisation » de Benjamin Stora et des réactions qu’il a suscitées ?
Ce rapport concerne, dans son ensemble, les préoccupations de la société française et de ses entrepreneurs mémoriaux dans leurs rapports à l’histoire coloniale. Pourtant, il interroge, en creux, l’absence du rapport algérien sur ces questions. Cette initiative a été prise en commun par les deux chefs d’État. Le président Tebboune avait désigné le directeur des Archives nationales, Abdelmadjid Chikhi, comme l’homologue algérien de Benjamin Stora.
La remise du rapport d’Abdelmadjid Chikhi aurait permis de prendre connaissance de l’état des lieux de la connaissance produite en Algérie sur ces questions et, plus globalement, sur la façon dont l’université et la recherche académique ont traité l’histoire de la colonisation et ses mémoires plurielles. L’absence de ce rapport rend encore plus forte l’asymétrie des savoirs entre la France et l’Algérie, avec une France hyper présente et qui donne le la.

• Y a-t-il, selon vous, des faiblesses ou des manques dans ce rapport ? Lesquels ?
Réconcilier à tout prix les mémoires n’est sans doute pas la meilleure entrée d’analyse. La réconciliation n’est pas forcément la solution quand deux parties ont partagé un passé commun fondé sur la domination et la violence. Il faut laisser le temps faire son œuvre. Il faut distinguer ce qui relève de l’ordre du pragmatisme de la relation bilatérale et de ce refrain de la réconciliation qui répond à d’autres enjeux.
L’une des faiblesses de ce rapport, de mon point de vue, est de niveler les temporalités historiques en mettant sur le même plan la responsabilité des violences respectives et des souffrances subies.
La France a d’abord été un occupant dans un pays qui ne demandait pas à être occupé. Pendant 132 ans, elle a instauré un système marqué par la destruction des équilibres économiques et sociaux, par une législation discriminatoire avec le Code de l’indigénat (qui s’est importé dans toutes les colonies françaises), par la brutalisation et la clochardisation de la société algérienne.
C’est une séquence fondamentale de l’histoire contemporaine de la France, dont un grand nombre de citoyens français en sont issus : enfants de harkis, de supplétifs, d’immigrés, de pieds-noirs, de juifs d’Algérie.
Comment faire en sorte que ces mémoires puissent s’adosser à un récit historique juste qui reconnaît tous les protagonistes dans les dynamiques propres au temps colonial ? Le savoir historique sur la colonisation, tel qu’il s’est construit ces dernières années, nous permet d’accéder à cette histoire et d’en connaître sa complexité, ses heurts et ses malheurs.
L’intégration de l’histoire orale, des témoignages et des récits, la démarche anthropologique, l’accès à de nouvelles archives ont ouvert de nombreuses fenêtres sur les réalités passées. Les historien(ne)s en France ont ainsi renouvelé, depuis longtemps, un certain nombre de lectures en décryptant les violences et les inégalités de la matrice coloniale. C’est pour cela qu’il est indécent d’entendre en France, en 2021, des opinions publiques et politiques célébrer la grandeur coloniale de la France.

…/…

… et à l’écriture d’un récit national délesté des non-dits, des tabous, désinstrumentalisé et dans lequel tous les Algériens se reconnaîtraient ?

L’Algérie est, depuis 1962, confrontée au poids de son passé et par là même au choix de son passé. Entre histoire coloniale rejetée, sinon mal assumée et histoire nationale arabo-musulmane, son écriture est soumise à des conflits de mémoires et à des manipulations concertées.

Et dans les choix à faire, celui de la guerre d’indépendance demeure l’épisode historique matriciel et canonique (du moins tel qu’il est enseigné dans les écoles et les universités) de la naissance ou de la résurrection (selon les auteurs) de la nation algérienne.

Il me semble que pour la société algérienne (du moins pour cette écrasante majorité de jeunes), la période coloniale appartient définitivement à un passé révolu ; pourtant ses violences, ses injustices, ses discriminations renvoient douloureusement en écho à celles commises par un régime politique certes indépendant mais autoritaire et prédateur.

La foule contestataire a laissé exprimer une étonnante capacité à se défaire des récits nationaux tels qu’ils sont diffusés par les institutions d’État pour extérioriser une critique sévère et lucide de la manipulation de l’histoire du pays. « Qu’avez-vous fait de notre indépendance ? » est la question qui renvoie à la responsabilité des gouvernants.

Interview complète par ce lien : https://www.elwatan.com/edition/actualite/le-hirak-reprend-a-son-compte-les-fondamentaux-de-lhistoire-revolutionnaire-algerienne-21-02-2021

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