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Algérie et Hoggar, la radioactivité oubliée

dimanche 23 avril 2023, par Michel Berthelemy

par Louis Bulidon, 20 avril 2023

Ingénieur chimiste, retraité d’ExxonMobil, Louis Bulidon est l’auteur du livre « Les irradiés de Beryl » publié aux Editions Thaddée. Il y témoigne de son affectation en Algérie sur un site d’essais nucléaires dans le désert du Hoggar.

Aux yeux des derniers témoins des campagnes d’essais nucléaires au Sahara, il ressort que pas plus la France que l’Algérie ne souhaitent voir se lever le voile sur les dommages causés et laissés par nos essais nucléaires. Notre dette envers les populations irradiées est considérable mais ni la France ni l’Algérie ne semblent vouloir en prendre la mesure.

La Gazette nucléaire dans son numéro de janvier 2023 revient sur le déroulement de l’essai nucléaire du nom de code Béryl qui le 1er Mai 1962 a tourné à la catastrophe. Après 4 tirs à l’air libre à Reggane au nord de Tanezrouft réalisés entre 1960 et 1961, la montagne du Tan Affela à In Ekker dans le Hoggar a été choisie pour conduire de fin1961 à 1966 14essais à priori confinés dans des galeries creusées à cet effet.

Le Hoggar sous les poussières radioactives

Béryl a laissé échapper de façon inattendue une coulée de lave radioactive et un nuage de poussières chargées de produits radioactifs qui s’est dispersé au gré des vents, du nord est au sud est du massif du Hoggar exposant à des retombées de poussières radioactives une zone géographique où le sol et sa végétation ont été irradiés d’Amguid, Tefedest à Djanet Tassili des ajjers. 

Nous ne disposons d’aucun bilan de santé sur la population ainsi que les militaires et civils exposés à la radioactivité de ces essais nucléaires non confinés. Il est avéré que 4 essais après Béryl dans le Hoggar ont provoqué des nuages radioactifs. A l’époque 20 000 Touaregs nomadisaient sur ces vastes territoires quand n’étaient sédentarisés que les paysans des rares centres de cultures comme In Amguel le village localisant la base vie à 20 km au sud du Tan Affela. La seule ville du Hoggar, Tamanrasset recensait 2000 habitants au plus. Côté Français, la troupe présente sur les lieux, soldats du génie et marins était de l’ordre de 2000 militaires aux Côtés des civils du CEA. La base vie était bien équipée en particulier d’un service hospitalier mais aucunement préparé à prendre en charge les victimes de la radioactivité nous privant ainsi de tout bilan sanguin. 

Aujourd’hui Tamanrasset compte près de 180 000 habitants venus du Sahel et de l’Afrique noire, ce flux migratoire circulant sur pistes et routes au contact d’un sol irradié. En outre matériels irradiés et déchets radioactifs sont enfouis au pied du Tan Affela alors que ses galeries et leurs anciennes chambres de tirs sont ouvertes à tous les pillages de débris métalliques dont le cuivre.

Ni la France ni l’Algérie ne souhaitent lever le voile…

La loi Morin de 2010 a prévu d’indemniser les victimes de ces essais nucléaires. Seuls quelques dizaines de dossiers côté français ont été retenus et 1 seul côté autochtones. Suite à la visite du chef de l’État en Algérie en août 2022, une commission mixte d’historiens a été constituée pour confronter la mémoire laissée de part et d’autre sur 132 ans de colonisation française. La partie française est présidée par Benjamin Stora mais selon ce dernier cette commission n’a toujours pas été installée dans l’attente de la visite en France du chef d’Etat algérien. Qu’en sera t-il dans les prochains mois alors que ses résultats étaient attendus pour cet été. Aux yeux des derniers témoins de ces campagnes d’essais nucléaires au Sahara il ressort que pas plus la France que l’Algérie ne souhaitent voir se lever le voile sur les dommages causés et laissés par nos essais nucléaires. Notre dette envers les populations irradiées est considérable mais ni la France ni l’Algérie ne semblent vouloir en prendre la mesure. 

Alors que les derniers témoins disparaissent, l’ultime intention de ce billet est de réveiller les consciences quand il en est encore temps.

Source :

https://blogs.mediapart.fr/louis-bulidon/blog/200423/algerie-et-hoggar-la-radioactivite-oubliee

Messages

  • en juillet 1968, j’ai fait connaissance, à Exeter, d’un enseignant d’anglais natif de Normandie et qui parlait amèrement de son séjour en Algérie, en tant qu’appelé, et qui dénonçait les essais nucléaires.

    Je crois qu’il parlait d’un lieu surnommé Bidon 5
    et peut-être aussi de Reggane ?

    Il s’appelait Alain FRANCOISE (Nom de famille Françoise)

    J’aimerais savoir si ce monsieur est toujours en vie et s’il a pu développer des séquelles …

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