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Des Hommes, le film de Lucas Belvaux sur la guerre d’Algérie, sort le 2 juin

samedi 15 mai 2021, par Michel Berthélémy

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Ils ont été appelés en Algérie au moment des « événements » en 1960. Deux ans plus tard, Bernard, Rabut, Février et d’autres sont rentrés en France. Ils se sont tus, ils ont vécu leur vie. Mais parfois il suffit de presque rien, d’une journée d’anniversaire, d’un cadeau qui tient dans la poche, pour que quarante ans après, le passé fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir l’enfouir.

Entre le passé et le présent, entre la guerre et la paix, entre l’Algérie et la France, le film de Lucas Belvaux tisse les voix et les récits de ces hommes victimes d’une double violence : celle de la guerre qu’on leur fit mener là-bas, et celle du silence qu’on leur imposa à leur retour. Il éclaire ainsi ce gigantesque « secret de famille » à l’échelle d’une nation (selon l’expression de l’historien Benjamin Stora), dont le refoulement continue à empoisonner la société française, plus de soixante ans après les faits.

En adaptant pour l’écran le livre de Laurent Mauvignier, Lucas Belvaux a voulu faire un film sur la mémoire, les souvenirs, les cicatrices : « pour ceux qui en sont revenus, cette guerre ne s’est jamais terminée parce qu’on ne l’a jamais nommée, jamais considérée comme telle. Comme s’ils ne s’étaient jamais battus. Comme Fabrice à Waterloo, les personnages du film n’ont vu que ce qu’ils ont vécu. C’est-à-dire des fragments, des instants. Ils ont fait ce qu’ils pensaient être leur devoir et se sont rendu compte, plus tard, qu’ils avaient été les rouages d’une mécanique terrifiante. Sans avoir nécessairement les mots pour en parler, sans être sûrs d’être entendus et compris. On dit souvent que les anciens d’Algérie n’ont pas raconté, je crois surtout que personne ne voulait les entendre. On les a condamnés à ce non-dit, ce silence, qui est la marque de la guerre d’Algérie. Je n’ai pas essayé de transformer systématiquement les récits des uns et des autres en images. Je les ai parfois gardés pour ce qu’ils sont, des récits, des histoires qu’on raconte, avec la force propre des mots, l’imaginaire qu’ils permettent à ceux qui les entendent ». Et ces mots, quand ils sortent enfin, peuvent faire des dégâts. Non seulement chez celui qui les prononcent, mais chez ceux qui les entendent. C’est le cœur du film.

Extrait d’un dialogue : "Je t’ai pas raconté les opérations dans le Djebel, la chasse aux fells, les rafles dans les douars, les mechtas. On trouvait jamais rien, mais ça calmait les nerfs. Je t’ai pas raconté les zones interdites, les gens expulsés, déplacés, déportés par millions dans des camps, les villages silencieux comme des cimetières, plus rien de vivant sur des centaines de kilomètres carrés, pas un humain, pas une bête, rien qui aurait pu aider un fellagha à manger, rien, et le napalm, dès qu’on repérait une trace de vie… on pacifiait. (…) Je t’ai pas écrit tout ça. Je t’ai parlé de Rabut, de Mireille, de la petite fille, je t’ai raconté la tortue… mais le reste non, peut-être que j’aurais dû, mais je l’ai pas fait et je le ferai jamais. Parce qu’il n’y a pas de mot pour raconter ça »

Des Hommes, un film de Lucas Belvaux, d’après le livre éponyme de Laurent Mauvignier (Editions de Minuit, 2009), avec Gérard Depardieu, Catherine Frot et Jean-Pierre Darroussin.
Sortie en salles le 2 juin 2021.

Un article du quotidien El Watan :

https://www.elwatan.com/edition/culture/cinema-des-hommes-de-lucas-belvaux-memoires-de-la-guerre-dalgerie-15-05-2021

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