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Témoignages devant des élèves de l’école Joliot-Curie à Bagneux le 17 juin 2022

jeudi 14 juillet 2022, par Christian Travers

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Témoignages devant des élèves de l’école Joliot-Curie à Bagneux le 17 juin 2022

par Christian Travers

Vendredi 17 juin, nous étions quatre anciens acteurs ou témoins de cette guerre habitués désormais à intervenir ensemble dans des établissements scolaires de la région parisienne. Nous, c’était :
• Rahim, jeune partisan de l’indépendance et militant du FLN qui en France fut prisonnier dans les camps du Larzac et de Thol, avant de devenir insoumis lorsque son tour fut venu d’être incorporé,
• Messaoud, supplétif qui s’engagea après que son père et d’autre membres de sa famille furent assassinés. On lui proposa alors un travail d’instituteur puis d’interprète. Après l’indépendance il a été torturé par l’ALN puis a pu s’échapper vers la France.
• Jacqueline est Issue d’une famille juive de Constantine. Son père fut assassiné par le FLN lorsqu’elle avait 7 ans. Elle se réfugia alors avec sa mère en France et connut les difficultés que connurent de nombreux rapatriés.
• Et moi Christian, qui ait toujours pensé que cette guerre était une entreprise injuste et inutile, l’a exprimé haut et fort, a été nommé pour cette raison a un poste d’instituteur avant de se retrouver, pour finir, derrière un canon.

Nous avions été invités par Elsa Bouteville, professeure à l’école Joliot-Curie de Bagneux à intervenir pour une après-midi complète dans une classe regroupant des CM1 et des CM2.
Cette école est située dans la cité de la « Pierre plate » où il y a 16 ans Ilan Halimi a été assassiné. « Il a été enlevé et torturé parce qu’il était juif » annoncent doctement les élèves, formés à réfléchir sur la laïcité et l’antisémitisme et à construire des messages de tolérance et de paix. Ils condamnent sans ambages le racisme et incarnent chaque jour une volonté de partage et d’entraide.
Leur classe est « un petit musé de la paix » et nous sommes intervenus derrière un étal qu’ils ont intitulé « table de la fraternité ». Sur tous les murs des peintures, des collages, des slogans, des photos ou des dessins de leurs héros comme Rosa Parks, Martin Luther King, Nelson Mandela, Joséphine Baker, ou Jean Moulin et Lucie Aubrac… (1)

« Il n’y a pas d’âge pour travailler sur ces sujets »

Manifestement cette professeure se situe loin des recommandations silencieuses du « pas de vague ». Elle contribue par son enseignement à l’émancipation de ses élèves. Elle propose concrètement et avec efficacité un renouvellement de l’apprentissage de la citoyenneté.
Elle affirme « il n’y a pas d’âge pour travailler sur ces sujets ». Et de fait on voit bien que ses élèves attentifs et libérés ont intégré les valeurs qui s’affichent sur les murs. C’est d’ailleurs eux qui ont composé les créations et les messages qu’ils se délivrent entre eux et ils sont capables d’en parler, d’argumenter à propos de chacun d’eux.
A titre d’exemple trois messages illustrés, relevés sur les murs :
• « La guerre ne meurt jamais. Elle s’endort seulement, et quand elle s’endort il faut faire très attention de ne pas la réveiller »
• « Pourquoi me demander la longueur de mon nez, l’épaisseur de ma bouche, la couleur de ma peau, et le nom de mes dieux ? Ouvre-moi, mon frère ! »
• « Le mot résister doit se conjuguer au présent »
Il faut dire que cette professeure est une des contributeurs du livre collectif « Territoires vivants de la République : ce que peut l’école, réussir au-delà des préjugés » coordonné par Benoit Falaize (éditions La découverte) qui est une réponse de toutes celles et ceux qui ne baissent pas les bras devant les thèses déclinistes soutenues par le livre paru il y a 20 ans « Territoires perdus de la République ». Ces enseignants montrent que sans angélisme mais par l’écoute, le dialogue, la compréhension et la confiance les valeurs de la laïcité et de la République peuvent être transmises et intégrées.
C’est Kamel Chabane un professeur d’histoire géographie du collège Gustave Flaubert à Paris où nous avons témoigné et qui appartient à la même équipe de professeurs engagés qui nous a introduit auprès de Madame Bouteville.

Questions aux intervenants

Après nos quatre interventions que nous avons souhaitées courtes afin de tenir compte de l’âge des élèves les questions ont fusé. J’en retiendrai quelques-unes que j’ai pu noter à la hâte :
• Avez-vous aujourd’hui un rapport avec l’actuel gouvernement de l’Algérie ?
• Êtes-vous retournés en Algérie depuis la guerre ?
• Étiez-vous pour ou contre cette guerre ? Comment vous êtes-vous retrouvé là-bas ?
• Comment êtes-vous devenu harki ? Par contrainte, par la force ou par consentement ?
• Vous habitiez en Algérie. Pourquoi votre mère a-t-elle décidé de venir en France ? Dans quelles conditions ?
• Après la guerre êtes-vous restés traumatisés. De retour en France avez-vous rêvé des épreuves que vous aviez subies ?
• La France avait bien d’autres colonies. Pourquoi ne parle-t-on que de l’Algérie ?
• Pourquoi cette guerre a duré si longtemps ?
• En Algérie y avait-il des médecins et des écoles ? Avez-vous pu aller à l’école là-bas ?

Formidable accueil dans cette école ou des familles avaient pris soin de confectionner crêpes et gâteaux. Et avant de se quitter des élèves ont remis à chacun des intervenants des enveloppes contenant une dizaine de créations originales des élèves dont je ne peux hélas vous transmettre la photographie. Par exemple :
• La déclinaison de deux verbes : je ne coloniserai plus et je fraternise,
• Pourquoi coloniser si on a déjà un pays ?
• Les drapeaux français et algériens étroitement imbriqués.

(1) Un article a été publié par le Monde le 17 juin sur cette classe sous le titre : « Nous on est pas des barbares » : Seize ans après la séquestration d’Ilian Halimi, le petit musée pour la paix des élèves d’une école de Bagneux.

Christian Travers

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