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Des origines à nos jours, la lente transformation du FLN

mardi 13 septembre 2022, par Michel Berthélémy

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Entre le FLN des origines et celui d’aujourd’hui, qu’y a-t-il de commun ? Hocine Malti constate la longue marche qui a mené à la transformation du parti actuellement au pouvoir en Algérie.

Hocine Malti, Algeria Watch, 5 septembre 2022

Les dirigeants civils et militaires algériens savent qu’ils ne sont pas aimés du peuple, vu qu’ils ne sont arrivés au pouvoir que par des coups d’État ou par des élections frauduleuses. Aussi cherchent-ils à se légitimer en s’autodéclarant héritiers de la révolution algérienne. Ils se sont attribués la symbolique de la révolution et le puissant message qu’elle a délivré à la planète entière. Les militaires le proclament ouvertement. Les officiers supérieurs (généraux, généraux-majors, etc.), ceux qui dirigent l’armée, cultivent fièrement ce qu’ils considèrent être un mythe, à savoir que l’ANP, c’est-à-dire eux, est la « digne héritière » de l’ALN (Armée de libération nationale).
De quoi ont-ils hérité ? De l’aura, bien entendu, dont jouissait l’ALN au sein du peuple et dans le monde. Ils se sont attribués les sacrifices de ces jeunes qui, de 1954 à 1962, au nom d’un idéal, celui de la conquête de l’indépendance du pays après 132 années de colonisation et au péril de leur vie, ont pris les armes, souvent vétustes, pour affronter une des armées les plus puissantes au monde. C’était cela l’ALN. Tandis qu’au sein de l’ANP, on trouve aujourd’hui des personnages ventrus, bedonnants, qui n’ont jamais tiré une balle mais qui portent néanmoins des titres ronflants de généraux, généraux-majors, etc. Ils ont eu le culot d’écraser les âmes de ces jeunes des années 1950 et de s’approprier ce souffle exaltant qu’ils ont insufflé au peuple algérien et au monde entier ; ils ont souillé le nom de l’ALN et mis à profit la symbolique de la guerre de libération pour asseoir et renforcer leur pouvoir et pour s’enrichir.

Le FLN historique était un rassemblement de combat
Quant aux civils, ils ont créé une structure qu’ils ont dénommée parti et à laquelle ils ont attribué, toute honte bue, le nom de Front de libération nationale (FLN). Qu’est-ce que c’était, le FLN historique ? Le rassemblement de la plupart des partis et organisations existant avant 1954 qui menaient le combat politique avec pour but ultime la résurrection de la nation algérienne. Par la suite, durant la guerre de libération, le FLN a été le mouvement qui a animé l’aspect politique de la lutte pour l’indépendance. Les activistes du FLN d’autrefois étaient de véritables militants qui risquaient eux aussi leur vie, tandis que les membres du FLN d’aujourd’hui ne sont que des arrivistes, des profiteurs qui utilisent le « parti » pour tirer un maximum de profit du système qu’ils ont mis en place. Il y a un signe qui ne trompe pas : ils appellent ce FLN le « parti du président
Tout ce monde, civils et militaires, se retrouve dans différentes nébuleuses qu’ils ont créées et qu’ils appellent la « famille révolutionnaire ». Cette famille a le monopole du pouvoir, car c’est là qu’ils vont chercher les hommes qu’ils placent aux postes de direction des différentes structures de l’État (politiques, économiques, culturelles ou autres). Il fut même un temps où pour accéder à un poste de petite responsabilité, il fallait être encarté au FLN. Par ailleurs, seuls ceux qui baignent dans ce vivier ont accès à la rente pétrolière du pays que le pouvoir algérien considère comme sa propriété. Pour perdurer et renforcer son pouvoir, la nomenklatura utilise les revenus pétroliers pour s’acheter des soutiens et des consciences dans le pays et à l’étranger et pour s’enrichir en piochant autant que faire se peut dans la rente pétrolière. Pour renforcer son pouvoir, cette nomenklatura met aussi à profit le hold-up de la révolution dont on a parlé plus avant, en vertu duquel le pouvoir appartient à elle et elle seule ou à ses descendants.
Le voilà le socle du pouvoir algérien. Est-ce cela que Macron appelle « rente mémorielle » ? Si oui — je pense que ça l’est —, cette vérité est très violente. Dite par le chef de l’État français, elle a été considérée par le pouvoir algérien comme un terrible affront qu’il ne pouvait pas avaler.

https://algeria-watch.org/?p=84217

Hocine Malti, co-créateur de la Sonatrach dont il a été vice-président de 1972 à 1975, a été ensuite directeur général de l’Arab Petroleum Services Company (Tripoli) jusqu’en 1982
Il est l’auteur de Histoire secrète du pétrole algérien, éditions de La Découverte, 2012

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