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Du 1er novembre 1954 à l’Algérie d’aujourd’hui… Avec Benjamin Stora et Alexis Jenni

dimanche 6 novembre 2016, par Michel Berthelemy

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D’une rencontre entre Benjamin Stora et Alexis Jenni, est né un livre-dialogue qui a pour thème l’histoire commune de l’Algérie et de la France, depuis la colonisation jusqu’à la situation sociale et politique actuelle, en passant bien évidemment par la guerre d’indépendance.

Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, une série d’attentats éclatent en Algérie. Des bombes explosent à Alger, Oran, Constantine. Un conseil de guerre est convoqué à Alger, qui précédera près de huit années de maintien de l’ordre, puis de pacification, enfin de guerre totale. Le 2 novembre, Le Journal d’Alger titre : « Hier, série d’attentats terroristes en Algérie : 30 attentats dénombrés, une institutrice violée, la Coopérative des Agrumes de Boufarik en feu ». Le Figaro : « Insurrection en Algérie. Trois militaires , deux policiers, trois civils assassinés, des convois mitraillés. De vastes opérations sont en cours ». L’Echo d’Alger : « attentats terroristes : il faut agir vite et fort ». Dans Paris-Match du 6 novembre, petit encadré en page de couverture : la vague terroriste a franchi la frontière de l’Algérie. En pages intérieures : « les nationalités d’Afrique du Nord et du Moyen-orient se croient en 1848. C’est à la France que revient le rôle de la défaillante monarchie austro-hongroise… »

De ces quelques réactions de l’époque, et du début de ce qu’on a appelé ensuite « les événements d’Algérie », que reste-t-il aujourd’hui dans les mémoires ?

Dans l’ouvrage qu’ils viennent de faire paraître, « Les Mémoires dangereuses », Benjamin Stora et Alexis Jenni (Prix Goncourt 2011 pour « L’Art français de la guerre »), estiment que loin d’être terminée, la guerre d’Algérie est toujours aussi vive dans les esprits et dans les discours. Or, « si l’on ne veut pas d’une guerre des mémoires, nous dit Stora, il faut mener une bataille culturelle pour connaître l’histoire, celle de la France et des pays du Sud (ex-colonies, ndlr). C’est une bataille longue, difficile, complexe, mais il n’y a pas d’autre choix ». La bataille est à mener sur tous les fronts : la mémoire de l’ancien moudjahid a-t-elle la même résonance quotidienne que celle de son fils ? Celle des anciens appelés peut-elle être comparable à celle des militaires de métier ? Et la mémoire des Harkis ? Celle des Pieds-noirs ?
Plus largement, on peut considérer, comme le fait Benjamin Stora, que « la guerre d’Algérie n’est qu’une part mémorielle de l’histoire, qui fait écran à un autre pan d’histoire, bien plus gigantesque, celui de la colonisation, à l’origine même de la guerre d’Algérie, et qui reste encore largement à explorer, à étudier » (p.18).

Multiples et complexes, ces mémoires ne pourront faire histoire commune qu’au bout d’un long travail, individuel et collectif. L’ouvrage de Benjamin Stora et Alexis Jenni met le doigt sur les difficultés à atteindre cet objectif au vu du climat social et politique qui règne dans la France de 2016.

Ouvrage passionnant, où sont décrits sans complaisance les obstacles à franchir : le racisme, le communautarisme, l’attrait de certains jeunes pour le radicalisme, le malaise d’enfants d’immigrés citoyens d’un pays que leurs pères ont combattu, les liens organiques entre l’imaginaire colonial et le Front national…
Bref, un livre à lire et à méditer…

Les Mémoires dangereuses, par Benjamin Stora et Alexis Jenni, suivi d’une nouvelle édition de Transfert d’une mémoire, de Benjamin Stora, chez Albin Michel, 2016.

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