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Du coronavirus à la non-violence

samedi 30 mai 2020, par René Guitton

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Notre ami et membre de la 4acg, René Guitton, a publié dans le quotidien Ouest-France daté du 21 mai 2020 un article intitulé «  Du coronavirus à la non-violence  ». Avec son autorisation, nous en reproduisons ici le texte.

Avec le coronavirus la vie s’est arrêtée. De nombreux changements ont déjà été soulignés. Nous redécouvrons des valeurs que nous avions tendance à sous-estimer, comme les valeurs familiales et la solidarité.
Nous voyons des catégories de gens qui hier ignorées, voire dévaluées, devenir soudain des « héros du quotidien » tant leur action est nécessaire à la vie de la société. Il en est de même pour les associations qui sont utiles pour venir en aide aux invisibles de la nation. Nous prenons conscience qu’il faut s’occuper prioritairement des plus fragiles par l’âge et la santé. Mais aussi des sans-abris, des migrants et de tous les démunis. Préserver les plus faibles devient une garantie pour nous tous. Cette prise de conscience doit nous faire réviser nos conceptions habituelles. Par exemple la notion du premier de cordée. Hier tout était centré sur lui. Aujourd’hui la crise sanitaire nous indique qu’il faut jeter les yeux sur le maillon faible. Si on l’épuise par une allure trop rapide, il risque de dévisser et d’entraîner avec lui toute la cordée dans le précipice.

Des orientations radicales sont à prendre

Il en est de même pour l’humanité.
Un exemple : les paysans représentent plus du tiers de la population mondiale. Ils sont les premiers à ne pas avoir accès à l’éducation, à la santé, au logement, à l’eau potable, etc. Ce sont eux qui vont grossir les bidonvilles des grandes métropoles. Celles-ci vont devenir de véritables « bombes atomiques humaines » risquant d’exploser demain. La crise sanitaire actuelle doit nous convaincre que la vie ne pourra plus continuer comme avant. Des orientations radicales seront à prendre comme :
➔ Remplacer la compétition sous toutes ses formes par la coopération entre les hommes, les entreprises et les nations.
➔ Reconvertir massivement les dépenses d’armement vers les crédits de développements pour le bien de tous les humains et la protection de la planète.
➔ Substituer aux critiques négatives et partisanes des propositions positives constructives et créatives.
➔ Cesser l’obsession consumériste pour devenir plus spiritualiste.
➔ Revoir toute la répartition des richesses et des revenus pour qu’elle profite à tous.

Les décideurs de tout ordre doivent comprendre cela s’ils ne veulent pas demain être entraînés dans le précipice, et nous avec, par les maillons faibles de la cordée. Il semble aussi que la crise nous rende amnésiques à la vie d’avant. Nous n’entendons que très peu parler de guerres, de conflits sociaux, etc. Pourtant c’était hier… il y a quelques jours seulement. Nous vivions dans un monde marqué par la violence. Elle se décline sous toutes ses formes : violence physique ou verbale, violence institutionnelle, économique et sociale.
Elle s’infiltre partout et de multiples façons. Entre les états, entre et à l’intérieur des groupes sociaux et même dans des lieux qui devraient êtres sanctuarisés comme les écoles ou la famille.
Cela révèle un manque d’éducation, de conscience morale individuelle et collective, la perte des valeurs humanistes et spirituelles ainsi qu’un cruel déficit de solidarité. Tout cela est provoqué par un individualisme triomphant, un racisme inquiétant et un libéralisme dévastateur.

Dans le même temps il y a une sorte de frénésie mémorielle qui nous invite de manière impérative à « faire mémoire ». Ce qui est parfois ambigu dans les cérémonies patriotiques c’est que la valorisation de l’héroïsme et de l’abnégation de ceux qui sont morts pour notre liberté, fait parfois oublier les causes des guerres où ils ont perdu la vie.
Voici quelques exemples pour réfléchir à cette réalité.
Après la guerre 14-18,si l’on salue le courage et le sacrifice des poilus n’a-t-on pas tendance à oublier qu’elle fut une effroyable « boucherie » où l’on a sacrifié deux jeunesses, française et allemande.
Le « plus jamais ça » qui a suivi n’a pas empêché la seconde guerre mondiale.
En célébrant la victoire sur le nazisme nous pouvons aussi nous interroger si le travail de mémoire à bien été fait sur les causes du nazisme. Quand on voit aujourd’hui la résurgence de la haine et du racisme.

Si nous voulons éviter l’instrumentalisation de la guerre d’Algérie nous devons nous poser une question humainement déchirante et dramatique : nos camarades qui y ont laissé leur vie sont-ils morts pour la France ou à cause de la France ? N’est-ce pas la conséquence des choix politiques de nos dirigeants de l’époque qui, sans vision de l’avenir, nous ont envoyés faire une guerre aussi injuste qu’inutile. Sous l’apparente légitimité du maintien de l’ordre nous avons été principalement utilisés pour empêcher un peuple d’accéder à la liberté.
Quand on sait aujourd’hui que le soulèvement des peuples, légitime et nécessaire, qui se fait par la violence, débouche presque toujours sur des régimes autoritaires ou des dictatures, il y a de quoi s’interroger !

Dire qu’il faut utiliser la force pour ramener la paix n’est vrai qu’à court terme. Pour s’en convaincre rappelons-nous cette phrase prémonitoire du général Duval disant aux autorités civiles après avoir dirigé la répression des émeutes de 1945 en Algérie « Je vous donne la paix pour dix ans. Si vous ne faites rien tout recommencera en pire et peut-être de façon irrémédiable ! » On connaît la suite !
Si les causes des conflits ne sont pas traitées et résolues ceux-ci réapparaîtront et le cycle infernal « humiliation, frustration, haine, violence, vengeance, revanche, exaction répression… » se réactivera.
Pour sortir de cette spirale, c’est pratiquement seule la non-violence qui peut apporter une réponse. Elle devrait être expliquée et enseignée.
La non-violence, ce n’est pas du pacifisme passif. C’est une volonté active et réfléchie. C’est vouloir, par des moyens non-violents, substituer à la force la résolution des conflits par le dialogue et la négociation.
Cela est impérativement nécessaire si nous voulons demain construire un « bien-vivre ensemble » dans le respect des différences par la recherche constante de la justice et de la solidarité.
Il faut choisir. Il y a urgence si nous ne voulons pas vivre demain une pandémie sociale comme nous vivons aujourd’hui une pandémie sanitaire.

René Guitton, mai 2020


https://www.ouest-france.fr/medias/ouest-france/courrier-des-lecteurs/societe-du-coronavirus-la-non-violence-6842121

Messages

  • À René Guitton

    Bonjour René
    J’ai lu avec grand intérêt ton article paru dans Ouest France et certains passages m’ont paru plus que d’autres encore mettre le doigt sur les mécanismes qui ’’aboutissent’’ aux Guerres tant il est vrai que tout se prépare ’’s’accumule’’ en temps de paix, (au temps qu’il est convenu d’appeler paix), et qui en réalité ne l’est pas vraiment. C’est plutôt un état imparfait où coexistent des tendances, un système surtout, des systèmes multiples et les erreurs qu’ils portent en eux et qui font dériver progressivement vers la guerre et mènent à elle jusqu’au moment ou « elle éclate » .Coexistence avec d’autres forces qui essaient de transformer les choses vers le mieux. Essaient de remédier aux dégâts. Et c’est important dans ce combat pour la paix ’vers la dénonciation de ces erreurs semeuses de guerre. Selon que s’accumule de la solidarité, de la fraternité, ou au contraire les injustices, les inégalités, un mauvais partage des subsistances, la balance penche vers la guerre ou elle est évitée.

    citation de ton message
    Nos camarades qui y ont laissé leur vie sont-ils morts pour la France ou à cause de la France ? N’est-ce pas la conséquence des choix politiques de nos dirigeants de l’époque qui,sans vision de l’avenir,nous ont envoyés faire une guerre aussi injuste qu’inutile.

    Mais oui c’est évident c’est à cause des erreurs de la France. De 130 ans d’erreurs, de violences, et d’accaparement de richesses, de vol initial de terres, 130 ans d’injustice d’un système fait tout justement pour cette exploitation. De choix politiques fait pour prolonger les systèmes sans les modifier vraiment ou alors très peu pour qu’il puisse durer ! On nous avait caché ces réalités. En masse nous ne le savions pas, et si certains avaient essayé de nous ouvrir les yeux, ils n’avaient pas été crus. « Le premier qui dit la vérité …. »

    Arrivé là du raisonnement cela me fait penser aux mots de Bergson : Toute Âme qui s’élève, élève le monde et toute Âme qui s’abaisse, abaisse le monde.(Pour respecter ceux qui ne conçoivent pas forcément l’homme dans une vision dualiste : esprit et matière, remplaçons âme par individu, ou être).
    Tout individu qui s’abaisse à la violence, à l’accaparement des richesses, au mépris, au racisme, Enfin à tout ce que comporte un système colonial abaisse ce système vers la guerre. D’ailleurs dès le départ les fondements d’un tel système sont l’erreur même, et la couvre forcément l’erreur par des mensonges.
    Certes il y avait des individus qui pouvaient êtres vus comme élevant le monde les instits(les hussards de la république) et des individus bons et braves ici ou là dans la société, travaillant à la solidarité à la paix. Mais plongés pris dans un système organisé pour faire durer la domination, difficile d’inverser le mouvement ?

    Maintien de l’ordre oui, c’en était un. Un ordre injuste à maintenir ! Comment cela n’aurait-il pas été une guerre, Une de la pire espèce de guerre !
    Et comme dans cet affrontement entre la Paix et la guerre, une chose importante et première est la dénonciation des mensonges et des mécanismes, des systèmes entraînant vers les problèmes et la violence. c’est une rude tâche pour ouvrir les yeux des acteurs plongés dans le système et leur vie quotidienne. C’est un combat inégal qui a contre lui le poids de « ce qui est établi » et en plus la tendance des braves gens à ne pas voir ce que j’appellerai personnellement : le culot incroyable de certains puissants qui bien que dans des positions élevées de la société sont de ceux qui abaissent le monde vers la guerre par leur voracité et tout ce qui va avec.

    j’adhère bien aux conclusions de ton article :
    La non violence est nécessaire et même une condition de réussite. La non-violence,ce n’est pas du pacifisme passif.C’est une volonté active et réfléchie. C’est vouloir,par des moyens non-violents, substituer à la force la résolution des conflits par le dialogue et la négociation. Cela est impérativement nécessaire si nos voulons demain construire un « bien-vivre ensemble » dans le respect des différences par la recherche constante de la justice et de la solidarité.
    Mais pour entraîner suffisamment de monde vers cet élèvement il faut d’abord parvenir à ouvrir les yeux sur, ce qui, et sur ceux qui, aujourd’hui empêchent le monde de changer et de s’éloigner de la guerre et qu’est ce qui doit changer dans le système. ? Quels verrous bloquent pour, au lieu de descendre et s’enfoncer vers la guerre, monter vers la paix. Comme cela est au cœur du système on ne pourra pas le faire sans aller contre d’énormes intérêts, qui résisteront.

    Bon on voit la route devant ! On voit le passé derrière, où trop souvent la tendance a été la guerre, et il reste à aller de l’avant les yeux ouverts Merci pour ton article qui nous entraîne à réfléchir !

    René Moreau 25 mai 2020

  • Merci René pour ces réflexions qui font suite au texte de René Guitton « du coronavirus à la non-violence »
    Merci à tous les deux pour ces apports à notre réflexion et à la démarche de la 4 acg en cette sortie du confinement.
    Oui nous sommes conscients des énormes intérêts qui résisteront à cette démarche de
    non-violence .Alors, que notre volonté apporte notre petite part à cet « élèvement » du monde vers plus de Justice et de solidarité. Voilà une démarche dynamique à suivre.

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