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Émilie Busquant, Madame Messali, militante de la cause Algérienne

dimanche 11 octobre 2020, par René Moreau

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Début octobre 2020 au cimetière de Neuves-Maisons en Meurthe-et-Moselle ou elle repose, un hommage a été rendu à Emilie Busquant.

Qui est Emilie Busquant ? Autant le nom de cette femme est inconnu, autant son mari a été, et reste, très célèbre pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’Algérie. Il s’agit en effet de Messali Hadj.

Née en 1901 en Lorraine, elle est l’aînée de neuf enfants. Son père travaille dans les aciéries, aux hauts-fourneaux de Neuves-Maisons. La vie n’est pas facile, la famille est modeste. Elle rejoint certaines de ses sœurs à Paris où elle travaillera un temps comme cuisinière puis vendeuse aux Magasins Réunis.
Elle loge bientôt dans une pension de famille tenue par la veuve d’un dentiste d’Oran. Ce couple de chrétiens protestants était désireux d’agir socialement pour le bien. C’est à ce moment-là qu’un jeune Algérien, Messali, qui vient de perdre sa mère, trouve chez eux un foyer d’accueil, et « une seconde maman », son père musulman cultivé et fervent ne pouvant pas subvenir à ses besoins.

Messali effectuera son service militaire en France puis ne voyant pas d’avenir en Algérie, reviendra à Paris pour travailler. Et tout naturellement, il logera chez sa « seconde maman » où il rencontrera Emilie. C’est le coup de foudre ! Ils vivront ensemble sans être mariés, mais dans leur vie publique et politique, Emilie sera dorénavant Madame Messali.

En août 1925, Messali va présenter sa compagne Émilie à son père et à sa famille à Tlemcen. On accepte cela de ce garçon qui a rompu avec la tradition en ne se mariant pas au pays dans les habitudes familiales des mariages croisés.

Quand plus tard Messali Hadj sera considéré comme le père du nationalisme algérien, on entendra parler de sa femme comme de la “mère du peuple algérien”, elle l’a soutenu tout au long de son combat. on entendra dire aussi qu’elle a créé le drapeau algérien. Pour certains ce ne serait pas exact car il aurait été brandi avant cette période. Emilie l’aurait seulement cousu pour le déployer dans les manifestations auxquelles ils participaient tous les deux.

Emilie mourra en Algérie en 1953 à la veille du soulèvement de 1954.

En 1990, un séminaire de recherches, à l’Université Paris VII, a contribué à sortir de l’ombre Emilie Busquant. On peut y lire notamment ceci :

«  Comme tant de femmes dont l’histoire a occulté le rôle, l’historiographie algérienne n’a pas traité Madame Messali – tant s’en faut – à sa juste valeur, ni à sa juste contribution à l’histoire du nationalisme algérien.
Son rapport personnel et politique à l’histoire de l’Algérie a été pratiquement totalement passé sous silence.
Lorsqu’il est question de cette femme exceptionnelle, de celle qui fut la première des militant-es du nationalisme algérien, le rôle qui lui est reconnu n’est pas différent de celui que les sociétés patriarcales ont traditionnellement dévolu aux femmes : mère d’abord et surtout, compagne fidèle dont le mérite éventuel est jugé au diapason de son silence. Il était cependant admis qu’elle avait «  confectionné  » le drapeau algérien. Le symbole était encore trop chargé de sens : on lui concéda la tâche de l’avoir cousu.
La femme engagée, tenace et courageuse fut cachée par la mère, l’épouse par son mari, la militante par les dirigeants, ses engagements sans concession par sa nationalité.
Elle paya en outre, comme tous les militants messalistes – et a fortiori ceux de la première heure – le prix de l’occultation par l’historiographie officielle de ce courant.
Et pourtant Messali dans ses Mémoires rend hommage à l’aide qu’elle lui a apportée comme à son influence politique, le peuple algérien sut, lors de son enterrement à Alger en 1953 la reconnaître parmi les siens, et même les membres de l’appareil du MTLD admirent son apport. M. Ferroukhi affirma qu’elle “avait droit à la gratitude du peuple algérien et de notre mouvement pour la lutte qu’elle a menée et en faveur de notre pays”, tandis que Mezerna témoigna qu’elle “avait mené tout au cours de sa vie la même lutte que son mari” et qu’elle avait été « sa collaboratrice et surtout son soutien dans les moments les plus difficiles. » Les sections MTLD des CFRA et celle de Tenès reprennent même à leur compte dans les lettres de condoléances envoyées à Messali l’expression de «  mère du peuple algérien  ».

Les actes du colloque (lien ci-dessous) portent en exergue cette citation de l’historienne Arlette Farge :

Être désappropriées de l’Histoire,
c’est peut-être finalement
l’Histoire la plus importante
et la plus ordinaire
qui arrive quotidiennement aux femmes

http://www.marievictoirelouis.net/document.php?id=411&themeid=548#tocto2n2

Madame Messali
Cahiers du Gremamo N ° 7
Intelligentsias francisées (?) au Maghreb Colonial1
Actes du séminaire de recherches post-doctoral
Université Paris VII
1990
p. 146 à 159

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