Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre

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Enfants de la guerre d’Algérie, héritiers du silence

samedi 21 octobre 2017, par Anne Doussin , Béatrice Francout , Jean Miossec

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Rencontre-débat le 6 octobre 2017 à la Médiathèque de Pontanézen à Brest

Organisée par des membres de la 4acg (Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre) et de la LDH (Ligue des droits de l’homme) de Brest, en partenariat avec la Médiathèque de Pontanézen, cette rencontre avait pour objectif de donner la parole aux enfants d’appelés en Algérie, de combattants du FLN, de harkis, de pieds-noirs.
Comment le récit ou le silence par rapport à cet épisode les avaient-ils marqués ?

Josiane GUÉGUEN ancienne journaliste de Ouest-France et Jean MIOSSEC membre de la 4acg

Une cinquantaine de personnes étaient présentes, dont une bonne moitié de ces enfants de la guerre d’Algérie. Voici quelques paroles relevées au cours de la soirée.

• « J’ai été marquée par le mutisme de mon père. Son silence était très angoissant. J’avais des cauchemars. Pourquoi ne dit-il rien de ce qu’il a vécu en Algérie ? Pourquoi est-il raciste par rapport aux Maghrébins ? Depuis mes 8 ans je porte l’Algérie au cœur sans y avoir jamais été. C’est un article d’Ouest-France sur la 4acg qui m’a sortie du silence. Il y a quatre ans, j’ai permis à mon père de sortir lui-même de son silence. Le livre de Florence Dosse, Les héritiers du silence : enfants d’appelés en Algérie (Stock), m’a réparée. »

• « Mon père est revenu raciste. Aucun mot sur sa guerre là-bas. En 2002, je lui ai demandé s’il avait torturé. Après son décès j’ai retrouvé des photos faites par lui en Algérie. »

• « Mon grand-père ne parle pas de cet épisode de sa vie ».

• « Mon père ne m’a rien dit de sa guerre d’Algérie. Après son décès il y a 20 ans, ma mère m’a donné un carton contenant « les souvenirs de guerre » de mon père. Je n’ai pas osé l’ouvrir ». (Cette femme a confié le carton à une amie pour qu’elle en fasse l’inventaire).

• « Née en Algérie, j’en suis partie à 14 ans. Mon père était instituteur. Nous n’acceptons pas ce qualificatif de pieds-noirs. Nous sommes Français d’Algérie. En 2012, nous avons reçu là-bas un accueil extraordinairement chaleureux. »

• « Mon père était fonctionnaire en Algérie. Obligés de quitter ce pays, mes parents sont décédés l’un d’alcoolisme, l’autre de dépression. A 16 ans, je me suis fâché avec eux, parce qu’ils étaient partisans de l’OAS. Dans ce quartier de Pontanézen, je constate que les jeunes d’origine maghrébine ne sont pas encore bien intégrés. »

• « Mon père pied-noir est raciste. Ma mère ne cesse de répéter que son pays, c’est l’Algérie ».

• « Je suis d’origine algérienne. Ma mère m’a montré un jour sa carte d’identité où est inscrite la mention : indigène ».

Il n’y avait pas d’enfants de harkis dans l’assemblée. Aujourd’hui ils n’osent pas encore se dévoiler. Une sociologue qui a travaillé avec eux dans la banlieue de Rouen a évoqué le racisme dont ils sont l’objet dans la communauté algérienne, la scolarité ratée de beaucoup d’entre eux, leur déqualification sociale, la communication difficile entre parents et enfants parce qu’ils ne parlent pas la même langue.

Le débat s’est porté sur les causes du silence qui entoure la guerre d’Algérie. Celle-ci a laissé des traces douloureuses, parce qu’elle a été une accumulation de guerre civiles, algéro-algérienne, franco-française. Il n’y a pas de mémoire victorieuse, sauf celle du FLN.

L’école pourrait aider les jeunes à prendre du recul par rapport à la guerre d’Algérie. Celle-ci est en effet au programme des classes de Première et de Terminale. Mais on ne creuse pas la question de la colonisation et de la décolonisation. Les archives n’ont été ouvertes qu’en 1982 : les professeurs disposent de moins de documents que pour la guerre 39-45. De plus ils ont peur d’engager des débats dans leurs classes devant des élèves d’origine maghrébine.

Un professeur d’histoire et deux filles de Terminale d’un lycée privé participaient à la rencontre. On a encouragé l’une d’entre elles à interroger son grand-père : celui-ci sortirait plus facilement de son silence, se sachant utile à la réussite scolaire de sa petite-fille. Le professeur a cherché dans l’assemblée des témoins appelés, algériens, pieds-noirs pour répondre en classe aux questions de ses élèves. Prolongement heureux de cette rencontre émouvante, qui a contribué à la fraternisation entre enfants de la guerre d’Algérie.

Jean Miossec, Béatrice Francout

édité par Anne Doussin

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