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Histoire. Économies en guerre 1830. La France colonise…

samedi 23 juillet 2022, par 4acgweb

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Économies en guerre 1830. La France colonise l’Algérie pour ne pas payer ses dettes

L’économie va-t-en-guerre. Sommé de rembourser le dey d’Alger, Charles X lance une expédition punitive qui sera le début d’une occupation de 132 ans.

A la fin du XVIIIe siècle, les révolutionnaires français ont besoin de blé pour nourrir la population et les armées en guerre. La demande est forte, les prix montent, de quoi susciter quelques envies. Par exemple, celle du chef politique de la « Régence d’Alger » comme on disait à l’époque, le dey d’Alger, alors province de l’Empire Ottoman mais gérée en toute autonomie. Lui qui décide déjà des autorisations d’exportations, va profiter de la situation pour accroître le tribut en nature qu’il réclame pour ses autorisations et se lancer lui-même dans le commerce avec la France qui achète alors l’essentiel du blé algérien.

Seulement voilà, la France n’a pas de sous et elle achète à crédit. C’est là qu’entrent en jeu des intermédiaires, une maison de négoce importante, celle des familles Bacri et Busnach auxquelles le dey recourt pour organiser le commerce. Sans se douter que ces simples échanges de marchandises allaient mener à la colonisation de son pays.

A partir de la fin du XVIIe siècle, beaucoup de juifs de Livourne traversent la mer pour s’installer en Algérie. Nepthali Busnach y arrive en 1723, Michel Bacri en 1770. Les deux familles se rejoignent pour former une puissante maison de commerce Bacri et Busnach. Elles maîtrisent une flotte de 170 bateaux qui sillonnent la Méditerranée et vont jusqu’à New York. Blé, orge, textiles, laine, alcools, etc., ils transportent tout ou bien louent leurs bateaux. Ils ont les reins solides financièrement et font également crédit à leurs acheteurs.

Achats à crédit

En 1794, Bacri et Busnach obtiennent l’autorisation du dey Hassan d’organiser le commerce de blé avec la France. Jacob, l’un des fils de la famille Bacri, vient s’installer en France. Au fil des ans, il agrandit ses entrepôts à Marseille, il est bien connu à Paris, c’est avec lui que l’on fait des affaires. Non content de faire crédit, il incite le dey à faire un prêt d’un million de francs à la France pour aider au règlement des achats de blé. Et voici le triangle mis en place : les gouvernements français qui se succèdent, les deys d’Alger, au pouvoir contesté, dont peu arrivent à finir leur vie dans leur lit, et Jacob Bacri représentant des intérêts de la famille.

Cela fait plusieurs années que le blé est livré, nous voilà en 1798, et la France ne règle pas ses dettes. C’est volontaire, la décision est motivée par des considérations politiques. Ainsi s’en explique Charles-François Delacroix, notre ministre des relations extérieures : « en retirant ainsi les sommes dues à ces Juifs, nous les empêcherons de se distraire entièrement de nos intérêts et nous les forcerons à plus de circonspection dans leurs procédés obligeants avec les Anglais ». Les marchands sont pris dans la nasse du conflit entre la France et l’Angleterre.

Talleyrand est alors sur la même longueur d’onde. Mais Jacob Bacri a compris le personnage, un généreux pot de vin et le ministre inoxydable retourne sa veste, « l’état de nos rapports actuels avec la Régence exige que l’on montre aux Juifs la meilleure volonté possible ». Ils sont autorisés par le Consulat à présenter leurs créances qu’ils estiment à près de 8 millions de francs. On leur fait un premier paiement de 3,7 millions. Peut-être un second de 1,2 million. Et c’est tout. Dans le même temps, le dey rappelle que la Régence a prêté aussi un million à la France et qu’il aimerait bien être remboursé. Bonaparte refuse tout net et le menace d’envahir le pays. Ambiance.

Le coup d’éventail

Après la fin de l’Empire, les monarchistes sont plus enclins au dialogue. Jacob Bacri présente cette fois une facture de 24 millions de francs ! Elle est ramenée à 7 millions après négociations. Le gouvernement autorise le remboursement en 1819 et l’Assemblée le vote en 1820. Ce n’est pas pour autant que la France se met à payer rubis sur l’ongle.

Et le dey est furieux quand il se rend compte que l’accord n’inclut aucunement le remboursement de sa créance. En 1826, il ne cesse de faire pression pour récupérer l’argent. Mais les relations entre la France et la Régence se sont tendues. Les Français veulent reprendre la main sur d’anciennes concessions et les font fortifier, le dey fait tout détruire. Au même moment, la piraterie algéroise reprend sur les bateaux français, elle est bien moins forte qu’avant mais agace à Paris.

En avril 1827, Hussein Dey célèbre la fin du ramadan avec tout le corps diplomatique. Il prend à partie Pierre Deval, le consul français, en lui redemandant son argent, Deval le prend de haut et le dey le soufflette avec son éventail. Incident diplomatique ! Charles X, dont le pouvoir est fragilisé se dit qu’une belle conquête ne peut pas faire de mal. Le 7 février 1830, trois ans après l’affaire de l’éventail, il signe un ordre de mobilisation et, le 25 mai, 103 navires de guerre partent de Toulon avec 37 300 hommes et 4 000 chevaux. Le 5 juillet la Régence capitule. La France devient force d’occupation, puis de colonisation, jusqu’en 1962.

Quand le pays est conquis, Nephtali Busnach est mort depuis longtemps, trop proche d’un pouvoir contesté, il a été assassiné en 1805. Chez les fils Bacri, l’un a été décapité, l’autre exilé. Mais Jacob, celui qui a traité toutes ces années avec la France est toujours là. Il devient le patron de l’entreprise. Pas rancunier, il servira même les Français après 1830. Mais la gloire de la maison Bacri et Busnach est passée. Une dette et un coup d’éventail l’ont en partie emportée.

Christian Chavagneu

Bibliographie

La conquête. Comment les Français ont pris possession de l’Algérie, 1830-1848, Colette Zytnicki, Tallandier, 2022

« The House of Bacri and Busnach : a chapter from Algeria’s commercial history », Morton Rosenstock, Jewish Social Studies, vol. 14, n°4, octobre 1952, Indiana Universiy Press.

Source :

https://www.alternatives-economiques.fr/1830-france-colonise-lalgerie-ne-payer-dettes/00103904

Conquête de l’Algérie par la France

https://fr.wikipedia.org/wiki/Conqu%C3%AAte_de_l’Alg%C3%A9rie_par_la_France

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