Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami(e)s Contre la Guerre

Accueil > Actualité, presse, autres associations > L’Algérie au milieu du gué : et maintenant ?

L’Algérie au milieu du gué : et maintenant ?

jeudi 21 mars 2019, par Michel Berthelemy

Version imprimable de cet article Version imprimable

Derrière la façade d’une cité redevenue étonnamment calme, l’Algérie est en pleine effervescence

par Georges Rivière, en direct d’Alger

La question qui est sur toutes les lèvres, sans doute à la veille de nouvelles grandes mobilisations populaires, « et maintenant ? ».
Le pouvoir est silencieux et immobile, n’ayant pour l’instant que changé de premier ministre, et se montrant prêt à toutes les tergiversations pour se maintenir en donnant l’illusion de l’ouverture. Il gagne du temps, faisant monter la pression et laissant libre court à toutes les supputations : Bouteflika serait mort depuis longtemps, son clan achèverait de vider les caisses et de faire disparaître les preuves avant de partir (ce que dit aussi Mustapha Bouchachi, un avocat réputé, ancien de la Ligue des droits de l’homme). Les ministres sont toujours en place. L’anticonstitutionnalité de « l’étirement ubuesque » d’un mandat 4+ n’a pas reçu de réponse. Le vice-premier ministre va à l’étranger (en Russie) chercher les soutiens qu’il a, semble-t-il, déjà obtenus du gouvernement français. Le premier ministre et ancien ministre de l’intérieur (sic) essaie en vain d’impliquer – et de compromettre - des acteurs du mouvement dans une « grande concertation » attrape gogo (cela ne vous rappelle-t-il rien ?). Le « président » ne parle pas mais fait des lettres. Bref, c’est une guerre des tranchées qui ne peut durer qu’un court moment.
Les partis d’opposition (sociaux-démocrates du FFS, libéraux du RCD, trotskystes du PT ou du PST, fractions ex-communistes MDS, PLD), les syndicats autonomes, après avoir manifesté leur extrême réserve vis-à-vis du mouvement à sa naissance lui ont emboité le pas. Leur rejet par la jeunesse leur fait adopter profil bas par crainte d’être accusés de récupération. Il faut reconnaître que leur incapacité structurelle de s’entendre sur un « smig démocratique », y compris pendant la sinistre période de la « décennie noire », tout autant que leurs postures idéologiques et langagières très vieillissantes, ne leur donne pas beaucoup de crédibilité. Des dirigeant.e.s critiques comme Louisa Hanoune ou Saïd Saadi n’ont pas été bienvenu.e.s dans les manifestations.

Du coté « politique informelle » les réunions pullulent, des plateformes émergent çà et là venant d’on ne sait vraiment qui, des coordinations, des regroupements auto-décrétés de salut national surgissent - sans que l’on puisse vraiment démêler la part du recyclage, de la diversion ou de la véritable réflexion - expriment sur internet ou dans la presse la volonté de créer une transition (y compris pour certains avec les islamistes). Le gouvernement a même recruté des informaticiens pour intoxiquer les réseaux sociaux avec des rumeurs qui décrédibilisent les personnes susceptibles d’émerger, en créant des pages de faux opposants. Sur internet ce qui va dans un sens peut immédiatement se tourner en son contraire. Il y a beaucoup de suspicion héritée de l’expérience historique et le temps qui passe, en créant une ambiance délétère, n’est pas forcement en faveur du mouvement social.
Mais, réellement, du côté social les groupes sociaux, syndicats, médecins, juges, journalistes, universitaires, étudiants et lycéens – qui ont refusé « la main tendue » du pouvoir – manifestent et se coordonnent.

Car chacun ressent que l’Algérie doit sortir de l’impasse. Le tout est de savoir comment et par qui. En tout cas pas par le pouvoir. « C’est pourquoi la classe politique actuelle doit être dissoute (…) C’est au peuple en marche et à lui seul que revient de définir les modalités de représentation de ses délégués et de choisir ses représentants, en dehors de toute pression » (Mustapha Hadni dans le quotidien El Watan)
Un consensus se dessine, de façon encore désordonnée : il n’y aura pas de mandat 4+ ni d’élection présidentielle avant qu’il n’y ait une désignation consensuelle de personnes incontestées, une sorte de Comité des Sages (des noms circulent). Celui-ci devra choisir des experts « qui questionnent plus qu’ils ne guident, qui analysent plus qu’ils n’encadrent » (idem) et qui feront des propositions en vue d’une Constituante.

Je joins ici l’appel important d’un collectif d’associations et de syndicats engagé.e.s depuis des décennies dans le combat démocratique. Il éclaire le débat en cours.
La question aujourd’hui est : comment y arrivera-t-on ? Avec qui ? Y arrivera-t-on ?
D’aucuns, en sourdine, expriment la tentation, par désespoir, de faire appel à la seule force organisée : l’armée.
Dans l’espoir d’une révolution à la Portugaise ?

Georges Riviere
Alger, le 18 mars 2019

COLLECTIF DE LA SOCIÉTÉ CIVILE ALGÉRIENNE POUR UNE SORTIE DE CRISE PACIFIQUE
Feuille de route pour l’instauration de la nouvelle République

Par leurs manifestations massives, pacifiques, solidaires et apaisées, les algériennes et algériens montrent depuis le 22 février 2019 leur haut degré de maturité politique, crient haut et fort leur refus d’un cinquième mandat, tout prolongement du quatrième et des élections présidentielles du 18 avril 2019 et rejettent le système corrompu et autoritaire.
Cette contestation nationale, est considérée comme une occasion historique pour en finir d’une manière irréversible avec « Le système ».
Nous, dynamique de la société civile, au terme de plusieurs concertations, discussions et échanges, conscients de notre rôle de médiateur et de force de proposition, nous contribuons par cette proposition que nous partageons avec la société, la classe politique dans le but de dégager un large consensus qui organisera le départ du système d’une manière pacifique.

Les étapes de la transition démocratique : pour aboutir à cette transition, le collectif considère que des mesures d’apaisement préalables sont nécessaires en réponse aux revendications populaires.

Premièrement : afin d’éviter au pays d’entrer dans une période de non droit, le Président de la République sortant doit se remettre à la volonté du peuple et se retirer au plus tard le 27 avril. Aucune prolongation du mandat n’est possible et les institutions existantes doivent laisser place aux institutions de la transition.

Deuxièmement : la mise en place d’un Haut Comité de Transition(HCT), une instance collégiale composée de personnalités jouissant d’une autorité morale et bénéficiant d’une large acceptation populaire. Cette instance aura à incarner l’État.

Troisièmement : installation par le Haut Comité d’un Gouvernement National de Transition (GNT) composé de personnalités consensuelles et crédibles pour gérer la période de transition dans des délais raisonnables à définir.
Ce gouvernement consensuel a pour seules missions :
• La gestion des affaires courantes en assurant la continuité de l’Etat et la levée immédiate de toutes les entraves liées à l’exercice des libertés civiles, politiques et démocratiques dont la liberté d’association, et de manifestation, d’expression, et de la presse, syndicales, et de création des partis politiques…
• Préparation et organisation des Assises du Consensus National.

Quatrièmement : les Assises du consensus national regroupent toutes les sensibilités de la société et des représentant-e-s du mouvement, auront à dégager un consensus national sur les modalités pratiques de mise en place de la Constituante, et réaliser un compromis historique autour des principes fondamentaux inaliénables, au respect de toutes libertés, des droits humains et de l’égalité. Elle aura à proclamer la naissance de la nouvelle république par un texte fondateur.

Cinquièmement : élection d’une Assemblée Constituante chargée d’élaborer la nouvelle Constitution. Cette élection sera précédée par la mise en place d’une commission indépendante d’organisation des élections. La nouvelle Constitution sera élaborée sur la base du texte fondateur de la nouvelle République démocratique et sociale.

Sixièmement : retour à la légalité constitutionnelle, ouverture du champ politique et organisation des élections générales.

Alger le 18 mars 2019

• LADDH ( Benissad/Zahouane) (Ligue Algérienne de la Défense des Droits de l’Homme)
• LADH (Ligue Algérienne des Droits de l’Homme)
• RAJ (Rassemblement - Actions - Jeunesse)
• DJAZAIROUNA
• SOS DISPARUS
• RESEAU WASSILA
• THARWA FADHMA N’SOUMER
• Association TIMLILIT
• CSVM-22 FEV (Comité Soutien Vigilance du Mouvement 22 Février)
• SATEF (Syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation)
• SNAPEST (Le syndicat national des professeurs de l’enseignement secondaire et technique )
• SNAP (Syndicat National Autonome des postiers)
• CNES (Conseil National des Enseignants du Supérieur)
• SNAPAP (Ssyndicat National Autonome des Personnels de l’Administration Publique)
• CGATA (Confédération générale autonome des travailleurs en Algérie)
• SOS CULTURE BAB ELOUED
• ACDA (Association pour le Changement Démocratique en Algérie)
• CNDDC (Comité National pour la Défense des Droits des Chômeurs)
• Le collectif des Haragas disparus en mer.
• IRD (Initiative de Refondation Démocratique)
• Collectif des Jeunes engagés

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.