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L’Algérie introduit l’anglais dans le primaire pour contrebalancer le français

mardi 25 octobre 2022, par Michel Berthélémy

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Réclamé par le président Abdelamajid Tebboune en juillet dernier, l’enseignement de la langue anglaise a été introduit dans les écoles primaires algériennes dès la rentrée de septembre 2022. La vitesse d’application de cette réforme obéit à de nombreuses arrières-pensées à l’égard du français, la langue de la colonisation, mais aussi veut contrebalancer l’échec de l’arabisation de la scolarité.

Orient XXI, Ali Boukhlef, 20 octobre 2022

L’intention de remplacer la langue de Molière — actuellement première langue étrangère de l’éducation nationale algérienne — par celle de Shakespeare dans les écoles primaires avait souvent été évoquée, sans suite. Mais en ce 31 juillet 2022, Abdelmadjid Tebboune surprend tout le monde. Pour expliquer ce choix, il a paraphrasé le célèbre écrivain Kateb Yacine, qui avait qualifié le français de « butin de guerre ». « La langue française est un “butin de guerre”, mais l’anglais est une langue internationale », a tranché le président Tebboune.
L’adresse présidentielle n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Quelques heures plus tard, le ministre de l’éducation nationale Abdelhakim Belabed annonce « la mise en œuvre » de la décision présidentielle dès la rentrée de septembre. Il n’y a pas d’enseignants recrutés ? On va en trouver ! Le manuel n’existe pas ? On va en faire un ! Dans l’immédiat, les directions de l’éducation des wilayas lancent des appels pour recruter des personnes qualifiées. La tâche est immense pour doter 20 000 écoles de professeurs d’anglais, d’autant que les postes ne sont même pas budgétisés. C’est le rush : 60 000 dossiers sont déposés en quelques jours. Finalement, seuls 5 000 personnes sont recrutées comme vacataires. Chacun d’entre eux prend en charge 4 à 5 écoles. Pas ou peu habitués à l’enseignement, ces nouveaux professeurs suivent des formations accélérées de quelques semaines pour être prêts pour la rentrée de septembre.

Les craintes et critiques des pédagogues
Précipité, expéditif et irréfléchi : le choix d’enseigner l’anglais en primaire dès cette année a fait réagir les pédagogues, syndicats d’enseignants et politiques. Tout le monde trouve que l’introduction de cette langue est « une bonne chose » pour permettre aux Algériens d’accéder à l’universalité. Mais beaucoup estiment que la célérité avec laquelle la décision a été mise en œuvre est « anormale ». « L’école, c’est du temps long. Il faut planifier sur 20,30 ans », relève l’éminent sociologue Aissa Kadri qui a rédigé de nombreux ouvrages sur l’histoire de l’éducation en Algérie. « C’est une décision qui aurait dû être discutée, réfléchie », observent plusieurs syndicats d’enseignants.
Mais le gouvernement n’a tenu compte que de l’instruction présidentielle. À quelques jours de la rentrée, le ministère de l’éducation a édité un manuel dédié à la troisième année de primaire. On y trouve des rudiments d’anglais, d’alphabet et des dialogues adaptés à la réalité algérienne. Publié en quelques semaines, le manuel est unique en son genre. A-t-il été préparé en amont et laissé dans les tiroirs ? Le ministère de l’éducation ne répond pas à la question.
Si dans certaines régions des enseignants devront faire de la gymnastique pour rejoindre leur lieu de travail, dans d’autres, il n’y a pas de professeurs d’anglais disponibles, notamment dans certaines communes situées dans le Sahara. Les élèves de ces régions vont être privés de l’anglais, comme déjà ils n’ont déjà pas la possibilité d’étudier le français faute d’enseignants. Cela est dû, selon les professionnels, à l’absence de personnel local formé et à l’inexistence de conditions matérielles (logements, primes de zones…) permettant le recrutement d’enseignants issus d’autres régions du pays où le chômage est quasiment une fatalité pour des milliers de jeunes licenciés en langues étrangères, les écoles du nord et des grandes villes étant déjà pourvues en nombre suffisant de professeurs. Cela crée ce que la linguiste Khaoula Taleb Ibrahimi qualifie de « discrimination linguistique ».

Ali Boukhlef Journaliste algérien indépendant, a travaillé pour les quotidiens Liberté et Al Watan

L’intégralité de l’article d’Ali Boukhlef en cliquant sur le lien :
https://orientxxi.info/magazine/l-algerie-introduit-l-anglais-dans-le-primaire-pour-contrebalancer-le-francais,5940

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