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L’école en Algérie - L’Algérie à l’école

mercredi 25 octobre 2017, par 4ACG , Madeleine Binet

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Une exposition à découvrir au MUNAÉ (Musée National de l’Éducation) de Rouen

L’exposition devait être en partie montrée à Montpellier au musée de l’histoire de France en Algérie dont le projet a été abandonné en 2014 par la municipalité, confrontée à des polémiques politiques.

Une exposition grand public. L’exposition est constituée de fonds conservés au MUNAÉ (Musée National de l’Éducation) autour de la représentation de l’Algérie dans les manuels scolaires, les travaux d’élèves, les couvertures de cahiers, les planches murales ou encore la littérature jeunesse. Elle puise aussi largement dans les fonds réunis à Montpellier et à Aix en Provence, à l’Iremam. L’exposition mobilise également de nombreux prêts extérieurs prestigieux. Les initiateurs de l’exposition insistent : « Nous voulons montrer la dimension coloniale de l’histoire scolaire française ».

Carte manuel scolaire 1934

En ce mercredi 18 octobre 2017, nous sommes un groupe 4acg composé de 13 personnes pour la visite de cette exposition Nous sommes accompagnés par Saadi, une jeune femme franco-algérienne, très motivée pour nous donner toutes explications sur cette page d’histoire commune.

L’expo se présente sur trois niveaux :

1. Situation de l’école avant la colonisation

Sur des présentoirs, nous pouvons nous rendre compte des moyens rudimentaires mis à la disposition des élèves. Pour écrire, des tiges de roseau taillées en pointe. L’encre est fabriquée à partir de plantes. Les écoliers écrivent sur des tablettes en bois. L’écriture peut s’effacer en enduisant la tablette d’argile mouillée.

Quand les Français prennent possession de l’Algérie en 1830, ils trouvent :

  • des petites écoles coraniques de villages souvent attenantes à la mosquée. Ces écoles sont ouvertes uniquement aux garçons. Ils apprennent par cœur des sourates du Coran mais il n’est pas prévu l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.
  • mais aussi des medersas : écoles de niveau secondaire réservées aux familles plus aisées.

2. L’école pendant la colonisation

Les Français vont anéantir ces écoles en refusant tout financement, parfois même en les détruisant.
Ruiné et méprisé par les conquérants, le système scolaire algérien traditionnel a survécu dans des conditions précaires à travers des tentatives d’hybridation ou de rénovation au fil du temps.
Quand viendra le temps des réformes de la IIIe République avec Jules Ferry la population européenne va pleinement en profiter mais l’obligation scolaire ne concernera pas les enfants indigènes, à part quelques exceptions. Seuls 10% d’entre eux sont scolarisés en 1940.
Après la seconde guerre mondiale Paris va mettre les bouchées doubles mais « les réformes trop tardives n’empêcheront pas « le problème algérien » de mûrir dans la violence » selon l’exposition. « Tous ceux qui ont pu entrer dans le système français sont devenus à l’indépendance les élites », a dit Ahmed Djebbar, ancien ministre algérien de l’Éducation (1992-94).

Après l’indépendance, la scolarisation va se poursuivre grâce à la coopération franco-algérienne.
Selon M. Henry, chercheur et spécialiste du monde méditerranéen, l’expérience scolaire coloniale continue à produire des effets aujourd’hui en Algérie, avec les débats sur la place de la langue française dans l’enseignement

Pour l’anecdote, l’un du groupe, Stanislas Hutin s’est trouvé tout ému d’avoir enfin retrouvé, au bout de 62 ans !!!, le petit livre d’histoire qu’il a utilisé comme instituteur, durant son Rappel en Algérie.

3. L’Algérie présentée à l’école en France pendant la colonisation

Dans un 1er temps, les récits de la conquête inversent le schéma historique en présentant des soldats héroïques résistant aux assauts des indigènes. Par exemple, au travers des Images d’Épinal, la propagande officielle insiste plus sur la férocité des adversaires que sur les exactions des troupes de Bugeaud, opérant des razzias et n’hésitant pas à enfumer des centaines de civils dans des grottes.
Les documents ne relatent que la reddition d’Abd El-Kader. Les difficultés pour étendre la conquête, les raids incessants contre les colons, la grande révolte de la Kabylie en 1871 ou attaques des Touaregs, jamais totalement soumis, sont très rarement évoquées.
L’école doit aussi promouvoir l’action colonialiste par une présentation idéalisée de l’œuvre civilisatrice de la France.
« Une nouvelle France, un prolongement de la patrie à un jour de bateau de Marseille »

Le joyau de l’empire colonial français. Telle est l’Algérie coloniale présentée aux petits français.
Les manuels scolaires abondent en récits de réussites individuelles ou familiales de colons venus, attirés par des terres fertiles et à bon marché.
Presque jamais, de 1850 à 1960, les enfants français ne peuvent apercevoir les contestations de la domination coloniale.

En conclusion

Cette expo est riche d’enseignement sur la vraie nature de la présence française de 1830 à 1962. Nous comprenons mieux pourquoi, la plupart des appelés en Algérie durant la guerre de libération coloniale, sont arrivés, complètement ignorants de ce que pouvait représenter la colonisation pour le peuple algérien.
Cette page d’histoire détournée est encore trop méconnue en France. Cette présentation donne une bonne occasion de la découvrir.

Expo visible jusqu’au 2 avril 2018 au MUNAÉ (Musée National de l’Éducation)
185, rue Eau-de-Robec à Rouen Tél. : 02 35 07 66 61

Madeleine Binet

MUNAÉ Musée National de l’Éducation :

https://www.reseau-canope.fr/musee/fr/connaitre/les-expositions/exposition/lecole-en-algerie-lalgerie-a-lecole.html

Photos :

https://www.flickr.com/photos/museenationaleducation/sets/72157679307427160/