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Le 17 octobre 1961 crime d’État ou crime de Préfecture ?

mardi 26 octobre 2021, par Michel Berthélémy

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Le 17 octobre 1961 crime d’État ou crime de Préfecture ? tel est le titre donné par El Watan à l’article de sa correspondante Nadjia Bouzeghrane, qui participait le 15 octobre dernier au colloque organisé par « Au nom de la Mémoire » dans un amphithéâtre du Sénat à Paris.

par Gilles Manceron, historien et membre de la LDH

Soixante ans après avoir été commis, le massacre du 17 octobre 1961 a, pour la première fois, retenu véritablement l’attention de la presse des deux pays. Ce massacre de plusieurs centaines de travailleurs algériens immigrés installés dans la région parisienne, qui a été organisé délibérément par des responsables français et immédiatement et durablement dissimulé par des mensonges, a enfin suscité en France et en Algérie de nombreuses émissions et articles à la mesure de l’importance du nombre de ses victimes.

En France, un silence d’État a été imposé pendant des décennies. Alors qu’il a été préparé dès la fin du mois d’août 1961 par des responsables hostiles à l’indépendance de l’Algérie considérée alors par le général de Gaulle, soutenu par la majorité des Français, comme la seule solution politique possible, alors qu’il a été systématiquement organisé à la suite d’un conseil interministériel convoqué, le 5 octobre 1961, par le premier ministre, Michel Debré, avec le ministre de l’Intérieur, Roger Frey, et le préfet de police de la Seine, Maurice Papon, ce massacre a été caché.

Caché. C’est le titre du film du cinéaste autrichien Michael Haneke, qui a reçu la Palme d’Or au Festival de Cannes en 2005, trente ans après Chronique des années de braise, le seul film algérien à l’avoir obtenue en 1975. Il a eu l’idée de réaliser ce film après avoir vu un documentaire sur la chaîne Arte relatant la manifestation du 17 octobre 1961, il lui a donné un titre en français et c’est cette dissimulation qu’il placera, en creux, au cœur de son intrigue. Mais les spectateurs en France n’ont pas perçu sa dénonciation de l’hypocrisie collective qui a envahi toute une génération de ce pays dans le déni de cet événement, emblématique du fait colonial dans lequel la République française s’est embourbée. Il montre l’éclatement inévitable de la violence qui nait de cette cécité et de la complicité qui se noue pour y mettre fin au sein de la génération suivante.

Il y a eu une dissimulation d’ampleur exceptionnelle pour un massacre d’une ampleur exceptionnelle. Au bout de soixante ans, les citoyens des deux pays commencent à en prendre conscience. A comprendre que si les initiateurs directs du massacre, Debré, Frey et Papon, en portent la responsabilité, la République française tout entière en a été complice puisque le général de Gaulle lui-même, pour des raisons propres au contexte de l’époque, a choisi de faire le silence à son sujet.

D’autres facteurs ont joué en faveur de sa dissimulation. Le pouvoir qui s’est installé en Algérie à l’été 1962 n’a pas souhaité qu’on parle de cette réponse politique et non violente décidée, le 17 octobre 1961, par la Fédération de France du FLN. Car ses militants qui avaient consenti à tant de sacrifices ont été déçus de voir, en 1962, l’armée s’installer au pouvoir, et, pour la plupart, sont devenus des opposants au régime. La gauche française a aussi des responsabilités. Y compris le parti communiste français qui peut être fier d’avoir porté une culture anticolonialiste dans une République majoritairement fourvoyée dans le colonialisme, mais dont la direction a refusé au lendemain du 17 octobre toute manifestation nationale de protestation.

Le communiqué publié le 16 octobre 2021 par le président Macron sur le site de l’Élysée est décevant. S’il est le premier communiqué présidentiel à employer à ce sujet le mot « crime », il ne nomme comme responsable que Maurice Papon, sans donner sa fonction officielle de préfet de police. Il laisse de côté le premier ministre, Michel Debré, qui était à la manœuvre, et le ministre de l’Intérieur, Roger Frey, qu’il avait fait nommer pour l’orchestrer. Ce serait, en quelque sorte, un crime de Préfecture et non pas un crime d’État. Pourtant, les plus de 120 associations qui ont appelé le 17 octobre 2021 à une marche dans Paris ont demandé que ce massacre soit qualifié de crime d’État, comme Benjamin Stora le demandait lui-même le 16 octobre dans le quotidien français Libération.

Ces associations ont une autre revendication importante : l’ouverture des archives aux citoyens des deux pays. Les milliers de participants de la marche dans Paris le 17 octobre dernier criaient : « A Paris, à Alger, ouverture des archives ! » La reconnaissance du crime d’État, comme l’ouverture des archives dans les deux pays, sont, à mon avis, des revendications essentielles, qui s’expriment des deux côtés de la Méditerranée.

Blog :

https://blogs.mediapart.fr/histoire-coloniale-et-postcoloniale/blog/241021/le-17-octobre-1961-crime-d-etat-ou-crime-de-prefecture ?

Site :

Histoire coloniale et postcoloniale

http://histoirecoloniale.net/

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