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Les 60 ans des accords d’Evian : pour une mémoire décomplexée

mercredi 23 mars 2022, par Michel Berthélémy

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L’anniversaire de la signature de la paix en Algérie questionne l’état des mémoires autour des huit années de guerre qui ont laissé des séquelles psychologiques et politiques durables dans les deux sociétés, françaises et algériennes.

par Frédéric Bobin, Le Monde, 18 mars 2022

1962-2022 : la paix en Algérie a 60 ans. Le chiffre est rond, mais un soixantième anniversaire n’a jamais été une évidence commémorative. A l’échelle d’une vie, on préfère en général un cinquantenaire. Cette fois, pourtant, l’attention est vive, curieuse, quémandeuse. Elle se focalise bien au-delà de cet accord de paix, signé le 18 mars 1962, à Evian (Haute-Savoie) – pour un cessez-le-feu entrant en vigueur le 19 mars –, à l’issue de près de deux ans de tractations secrètes et parfois rocambolesques.
Elle interroge ces huit années de guerre d’Algérie, dont le terrible bilan humain – entre 260 000 et 400 000 morts du côté algérien, 30 000 du côté français (soldats et Européens d’Algérie), plusieurs dizaines de milliers chez les harkis – a laissé des séquelles psychologiques et politiques durables dans les deux sociétés. Elle questionne aussi l’état de la mémoire – ou plutôt des mémoires – autour de ce conflit, la matrice coloniale qui l’a produite, les responsabilités à reconnaître.

Zones d’ombre

A l’heure où la dénonciation de la « repentance », qui assimile à de l’« autoflagellation » toute introspection critique, trouve un écho dans une frange de l’opinion française, l’exploration des zones d’ombre de notre histoire n’est pas tâche aisée. Elle a cependant trouvé un appui dans la politique mémorielle d’Emmanuel Macron, inspirée des recommandations de l’historien Benjamin Stora. Quoi qu’on pense de leur portée réelle, les gestes du chef de l’Etat ont eu la vertu de stimuler un débat nécessaire, d’aviver l’intérêt pour les traces d’Algérie dans notre conscience collective. La riche actualité éditoriale autour de ce soixantième anniversaire le montre bien. Il est salutaire que cette mémoire décomplexée, nourrie des dernières avancées de l’historiographie, mûrisse.
1962 fait partie de ces bifurcations de l’histoire signalant un changement d’ère. Le Monde propose d’en remonter le fil, d’en exposer les différentes facettes et d’en évaluer les prolongements contemporains. Il fallait plonger dans les coulisses de négociations parfois épiques au cours desquelles le général de Gaulle fit preuve d’une realpolitik qui déconcerta souvent jusqu’à ses plus proches fidèles. Etranges accords d’Evian, en vérité, qui virent une partie de leurs clauses – celles relatives aux garanties offertes aux Européens d’Algérie – rendues inopérantes de facto par le départ massif de ces derniers. La politique de la terre brûlée de l’OAS n’aura pas peu contribué à la panique de leur exode.
Cette rupture de 1962 se déclina sous bien des formes : tragique pour les pieds-noirs et les harkis ; plus festive pour des Algériens nationalistes s’arrachant à un joug colonial de cent trente-deux ans, même si leur joie n’était pas exempte d’inquiétudes quant aux usurpations à venir. Et, après 1962, le lien se recomposa. Malgré le schisme apparent, les deux sociétés demeuraient intimement liées l’une à l’autre, ainsi que l’illustrent la connexion migratoire et les résurgences mémorielles en cours. L’exploration de la part algérienne de la France n’en est qu’à ses débuts. Puisse ce soixantième anniversaire y contribuer.

Frédéric Bobin

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