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Macron reconnaît le rôle de l’État dans la mort de Maurice Audin

jeudi 13 septembre 2018, par 4ACG

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Place Maurice Audin, à Alger
Photo Georges Riviere (4ACG)

PARIS (Reuters) - Emmanuel Macron a reconnu jeudi la responsabilité de l’État français dans la mort “sous la torture” de Maurice Audin, un mathématicien communiste et anticolonialiste arrêté le 11 juin 1957 pendant la bataille d’Alger, une décision réclamée de longue date et qualifiée d’”historique”.

Soixante-et-un an après l’arrestation de ce militant de l’indépendance algérienne, le chef de l’État a remis en main propre à sa veuve, Josette Audin, “une déclaration reconnaissant que Maurice Audin est mort sous la torture du fait du système institué alors en Algérie par la France”.

“Vous n’avez jamais cédé pour faire reconnaître la vérité, la seule chose que je fais, c’est la reconnaître”, lui a-t-il dit lors d’une rencontre à son domicile à Bagnolet (Seine-Saint-Denis), demandant “pardon” et précisant qu’il demanderait aux autorités algériennes leur aide pour la recherche du corps.

“On ne peut pas régler (certains points) si on ne redéploie pas tout cela, sinon on restera bloqué dans les ressentiments, les secrets”, a-t-il ajouté. “Il y a une page qui s’ouvre aujourd’hui (…) et je l’espère une nouvelle ère pour nos mémoires”.

Dans sa déclaration écrite transmise par l’Élysée, le chef de l’État “reconnaît, au nom de la République française, que Maurice Audin a été torturé puis exécuté ou torturé à mort par des militaires qui l’avaient arrêté à son domicile”.

“Il reconnaît aussi que si sa mort est, en dernier ressort, le fait de quelques-uns, elle a néanmoins été rendue possible par le système ‘arrestation-détention’ mis en place à la faveur des pouvoirs spéciaux qui avaient été confiés par voie légale aux forces armées à cette période.”

“HISTORIQUE”

Au-delà du cas de Maurice Audin, Emmanuel Macron “souhaite que toutes les archives de l’État qui concernent les disparus de la guerre d’Algérie puissent être librement consultées et qu’une dérogation générale soit instituée en ce sens”.

Cette décision, qualifiée d’”historique” par plusieurs historiens qui dressent un parallèle avec la reconnaissance par Jacques Chirac en 1995 de la responsabilité de la France dans la déportation des juifs, était attendue.

Lors d’une rencontre avec l’Association de la presse présidentielle en février, il avait promis que “toutes les pièces (seraient) ouvertes, y compris celles qui ne l’ont pas été” et assuré que tout serait mis en œuvre pour établir s’il s’agissait d’un crime d’État.

En 2014, son prédécesseur François Hollande avait fait un premier geste en infirmant “la thèse de l’évasion qui avait été avancée à l’époque” et en confirmant la mort de Maurice Audin “durant sa détention”.

“C’est un moment historique”, a estimé l’historien et président du Musée de l’Immigration Benjamin Stora, qui a accompagné le chef de l’État au domicile de Josette Audin. “Jusqu’ici il n’y avait pas eu de reconnaissance de la torture.”

“C’est un moment très important parce qu’on va pouvoir avancer sur d’autres affaires liées à cette histoire douloureuse”, a-t-il ajouté devant des journalistes.

LE PCF CRIE “VICTOIRE”, LE PEN S’INSURGE

Pour le secrétaire national du Parti communiste français, Pierre Laurent, cette reconnaissance “est une victoire historique de la vérité et de la justice.”

Le rôle du chef de l’État, “ça n’est pas d’aller rechercher des responsabilités criminelles dans une opération extrêmement confuse comme l’a été cette guerre civile, complexe comme l’a été la guerre d’Algérie”, a en revanche estimé sur BFM TV le cofondateur du Front national Jean-Marie Le Pen, qui a récusé dans le passé des témoignages l’accusant d’avoir pratiqué la torture durant le conflit algérien (1954-62).

“Il en va de l’apaisement et de la sérénité de ceux qu’elle (la guerre) a meurtris, dont elle a bouleversé les destins, tant en Algérie qu’en France”, peut-on lire dans la déclaration sur la mort de Maurice Audin. “Une reconnaissance ne guérira pas leurs maux. Il restera sans doute de l’irréparable en chacun mais une reconnaissance doit pouvoir, symboliquement, délester ceux qui ploient encore sous le poids de ce passé”.

La France espère que cette décision permettra d’avancer sur certains dossiers, notamment la question d’un droit au retour des Harkis en Algérie, selon l’entourage du chef de l’État.

Le texte prend également soin de “décharger du soupçon” une grande partie des militaires français en assurant qu’il “en va de l’honneur de tous les Français qui, civils ou militaires, ont désapprouvé la torture, ne s’y sont pas livrés ou s’y sont soustraits, et qui, aujourd’hui comme hier, refusent d’être assimilés à ceux qui l’ont instituée et pratiquée.”


DÉCLARATION DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE A PROPOS DE L’AFFAIRE MAURICE AUDIN

« Ce système s’était installé sans qu’aucune modification n’ait été
apportée au Code pénal, sans que les principes de 1789 aient cessé d’être
proclamés comme les bases de l’État et sans que les gouvernements aient
cessé de dire officiellement que la torture était condamnable, même s’ils
s’en prenaient plus volontiers à ceux qui la dénonçaient qu’à ceux qui la
pratiquaient. » (Pierre Vidal-Naquet)

SYNTHÈSE DE LA DÉCLARATION

Depuis soixante et un ans, la « disparition » de Maurice Audin, jeune
mathématicien qui travaillait à l’université d’Alger et militait pour
l’indépendance algérienne, reste une zone d’ombre de l’histoire de la guerre
d’Algérie. Ceux qui, dans la lignée de Pierre Vidal-Naquet, ont enquêté sur
l’affaire – historiens, journalistes, documentaristes, etc. – ont minutieusement
recoupé les témoignages, les documents, les vraisemblances pour établir un
faisceau d’indices concordants. Leurs travaux s’accordent tous à reconnaître que
la mort de Maurice Audin a été rendue possible par un système légalement institué
qui a favorisé les disparitions et permis la torture à des fins politiques.

Le Président de la République, Emmanuel Macron, a par conséquent décidé qu’il
était temps que la Nation accomplisse un travail de vérité sur ce sujet. Il
reconnaît, au nom de la République française, que Maurice Audin a été torturé
puis exécuté ou torturé à mort par des militaires qui l’avaient arrêté à son
domicile. Il reconnaît aussi que si sa mort est, en dernier ressort, le fait de
quelques-uns, elle a néanmoins été rendue possible par un système légalement
institué : le système « arrestation-détention », mis en place à la faveur des
pouvoirs spéciaux qui avaient été confiés par voie légale aux forces armées à cette
période.

Le Président de la République souhaite que toutes les archives de l’État qui
concernent les disparus de la guerre d’Algérie puissent être librement consultées
et qu’une dérogation générale soit instituée en ce sens.

Enfin, le Président de la République estime que les actes de certains individus ne
sauraient peser sur la conscience de tous ceux qui n’en ont pas commis et n’y ont
pas souscrit. C’est pourquoi les personnes qui ont pu connaître les circonstances
de la mort de Maurice Audin sont appelées à s’exprimer librement afin d’apporter
leur témoignage et conforter ainsi la vérité.

DÉCLARATION DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE A PROPOS DE L’AFFAIRE MAURICE AUDIN. Version intégrale
A télécharger
Maurice Audin. Josette Audin

Maurice Audin : Le crime d’État enfin reconnu !
Jeudi 13 septembre 2018. Maud Vergnol

à lire sur : https://www.humanite.fr/maurice-audin-le-crime-detat-enfin-reconnu-660645
Sur LCI : https://www.lci.fr/politique/qui-etait-maurice-audin-pourquoi-l-etat-se-dit-responsable-de-sa-mort-guerre-algerie-2098279.html
et retrouvez sur notre site 4acg différents articles sur Maurice Audin, en particulier ceux demandant la reconnaissance de la responsabilité de l’État en écrivant son nom dans « Rechercher », exemple :
Lettre ouverte au président de la République sur l’Affaire Maurice Audin
http://www.4acg.org/Lettre-ouverte-au-president-de-la-Republique-sur-l-Affaire-Maurice-Audin

Maurice Audin. France Culture. Journal de 7h. 14/09/2018. Avec Alain Desjardin (Président de la 4ACG)

Voir aussi le site de l’association Maurice Audin : https://www.ljll.math.upmc.fr/AUDIN/

Déclaration du 13 septembre 2018 de l’Association Maurice Audin. Guerre d’Algérie. Maurice Audin, les disparitions, la torture comme système organisé de terreur
sur : http://1000autres.org/communique-de-lassociation-maurice-audin


Alger 1957 – des Maurice Audin par milliers – Enlevés, détenus clandestinement, torturés et parfois assassinés par l’armée française

sur : http://1000autres.org/

ps : note du site 1000autres.org

Nous attirons l’attention des lecteurs sur le fait que ce site concerne
les personnes victimes de la grande répression d’Alger durant l’année
1957. Le même travail est nécessaire pour l’ensemble de la guerre
d’indépendance algérienne et pour l’ensemble du territoire algérien,
mais nous ne pourrons publier les commentaires ou les messages qui ne
concerneraient pas la région d’Alger et l’année 1957.

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