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Mourir à Sakiet, un éclairge sur l’embuscade de l’ALN et ses représailles françaises

vendredi 26 août 2022, par Anne Guillou

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par Anne Guillou

Mandatée par sa famille pour faire toute la lumière sur la disparition de son oncle, Bernard Godet, aspirant, appartenant à la 12è compagnie du 3/43 régiment d’infanterie, disparu lors de l’embuscade de Sakiet-Sidi-Youssef, tendue par l’ALN à la frontière algéro-tunisienne, le 11 janvier 1958, Véronique Gazeau-Godet, historienne médiéviste, livre dans l’ouvrage Mourir à Sakiet le résultat de sa recherche dans les archives militaires et diplomatiques, les écrits de l’aspirant et le contenu des entretiens avec les appelés de son unité. La qualité exceptionnelle de cette reconstitution, le caractère achevé de l’analyse, qui occupent la première partie du livre, permettent de saisir le parcours du jeune homme, diplômé d’HEC, ses « classes » à Coblence, son passage par l’école de Cherchell, mais aussi son origine sociale, le regard critique de l’intellectuel sur l’armée française et son fonctionnement.
Dans la seconde partie de l’ouvrage, tout entière consacrée à la reproduction intégrale de ses échanges épistolaires avec sa mère et sa grand-mère, plus rarement ses amis, on saisit l’état d’esprit du jeune catholique affronté à la guerre. Au fil de ces longues pages, apparaissent les éléments de la construction de sa personnalité, ses héritages, ses acquis de base, ses aspirations et ses doutes, ses sympathies et ses questionnements. Il fut sans doute tenté par l’insoumission sans y succomber.

Un tournant dans la guerre d’indépendance
C’est dans la troisième partie de l’ouvrage que Tramor Quéméneur apporte sa précieuse contribution à l’analyse de l’embuscade elle-même qui, sur les 43 engagés, fit 15 morts et 4 prisonniers. Cantonnée près de la frontière au Borg Sakiet, la compagnie commandée par le capitaine Allard, partant en opération, fut surpris par un détachement de combattants de l’ALN, sans doute avertis de sa sortie par un indicateur, se jouant de la frontière. L’impréparation de la mission a été également évoquée.
Un mois plus tard, s’appuyant sur un droit de représailles, l’armée française bombarda le village de Sakiet-Sidi-Youssef, situé en Tunisie, et fit 70 morts. Le lien entre les deux évènements fut longtemps tu. Il est formellement établi aujourd’hui. Amorcée par le souvenir d’un drame familial, la recherche débouche sur l’histoire nationale et internationale. En effet, le bombardement suscita assez d’indignation pour valoir une condamnation de la France à l’ONU et, après le putsch des généraux, en mai 1958, renverser la Quatrième République.

Mourir à Sakiet, Véronique Gazeau-Goder et Tramor Quemeneur, PUF, 2022

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