Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami(e)s Contre la Guerre

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Tourner la page de la Guerre d’Algérie : Paroles d’appelés

jeudi 9 novembre 2017, par 4ACG , René Guitton

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Autour de St Gildas de Bois (44), comment un petit groupe d’amis et de connaissances s’est-il mobilisé pour écrire un ouvrage de témoignages sur leur passé en Algérie ? Ces hommes étaient désireux de transmettre la mémoire de ce qu’ils avaient vécu, et ont édité un livre à compte d’auteur, fruit d’un travail commun : « Tourner la page de la Guerre d’Algérie : Paroles d’appelés ».

René Guitton, l’un des auteurs nous en parle :
"Il s’est écoulé neuf mois entre la décision d’écrire et la sortie du livre, de juin 2016 à mars 2017. Une petite équipe de six rédacteurs s’est formée pour rédiger les chapitres communs, coordonner et construire cet ouvrage à partir des témoignages reçus, ceci au rythme de une à deux réunions par mois. Tous les témoins dans ce livre ne sont pas membres de la 4acg, mais partagent les mêmes valeurs. En février 2016, une réunion regroupant tous ceux qui avaient participé de près ou de loin au projet a réuni une trentaine de personnes ( anciens appelés, femmes, amis). Il s’agissait de se concerter pour donner au livre sa forme définitive : validation du travail effectué jusque là, choix de la couverture etc…
Actuellement environ 1500 exemplaires ont été vendus, principalement dans nos cantons et les cantons limitrophes. Les correspondants de presse locaux nous ont bien aidés en valorisant notre livre qui continue de se vendre dans les commerces et tabac-presse qui ont bien voulu le prendre en dépôt.
Mais une grande partie de la vente s’est faite par des amis acquis à nos objectifs, dont beaucoup n’ont pas fait la guerre d’Algérie, et qui ont bien voulu le vendre autour d’eux et dans les réunions où ils avaient des responsabilités.
Nous avons aussi été présents dans diverses fêtes populaires. Surprise : Ce sont souvent des femmes qui achètent ce livre, peut-être désireuses d’éclairer un passé dont on leur a peu parlé.
Tout cela a créé une dynamique permettant des échanges positifs. Nous avons de bons retours d’un public très varié."

Tourner la page de la guerre d’Algérie. Paroles d’Appelés
René Guitton, Emile Chevalier, Jean-Louis Guitton, Jean-Luc Joli, Jean Saulnier, Camille Trivière.

Voici en libre lecture les premières pages de cet ouvrage. Si vous êtes intéressé, vous pouvez vous l’acheter en vous adressant à René Guitton : rene.guitton44 orange.fr

Ce livre a aussi fait l’objet d’un article paru sur El Watan.com, 1er novembre 2017

Écrire une page d’histoire avant de la tourner, c’est l’ambition affichée par les auteurs du livre collectif Tourner la page de la Guerre d’Algérie : Parole d’appelés, paru récemment en auto-publication soutenue par l’Association française des anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre (4ACG).

« A 20 ans, sans préparation ni conscience politique, nous avons vécu une guerre qui nous a dépassés et qui ne voulait pas dire son nom. Il n’était alors question que de maintien de l’ordre et de pacification. Nous avons subi sans réagir parce que nous ne savions pas », écrivent en introduction les co-auteurs Emile Chevalier, Jean-Louis Guitton, René Guitton, Jean-Luc Joly, Jean Saulnier et Camille Trivière.

Le texte de ces membres de la 4ACG est essentiellement un recueil de témoignages de quatorze de leurs camarades, anciens combattants mobilisés entre 1954 et 1962. Riches, variées, émouvantes et sincères, les paroles de ces témoins d’histoire donnent un aperçu très juste et assez représentatif de ce qu’a été cette période très douloureuse pour les Algériens, mais aussi pour les Français touchés directement ou indirectement par sept ans de guerre injuste et injustifiée.

C’est leur façon de dire qu’« il faut tourner la page, mais sans la déchirer, de façon que les générations futures puissent y revenir et comprendre ce qui s’est passé ». Ils offrent aux lecteurs une écriture d’histoire des plus objectives, cousue par un style narratif brut et sans détours.

D’emblée, Guillaume, qui était stationné à Skikda, met à nu l’iniquité de l’armée coloniale : « Au mois de mai (1955), un gars m’a dit qu’avec sa section il était allé fouiller un village où d’après un renseignement il devait y avoir des suspects. N’ayant rien trouvé, il a vu un sergent déposer une grenade dans un gourbi. L’ordre a été donné de refouiller. Évidemment, une grenade a été trouvée. Donc, il y avait des armes dans ce village ! Comme sanction, le feu a été mis à toutes les mechtas en terre et en paille. » Son témoignage dégage beaucoup d’émotions car très cru. Évoquant la torture qu’il a vue de ses propres yeux, il écrit : « Elle était méthodiquement organisée et généralisée. C’était les hommes du 2e bureau, le service du renseignement, qui s’en chargeaient. » Encore sujet tabou en France, la torture était « bien réelle ».
C’est ce qui a marqué profondément Jean-Marc. Ce dernier narre avec regret les agissements de plusieurs soldats de son régiment, établi à Tizi Ouzou, qui étaient volontaires pour donner d’affreuses tortures aux « suspects » arrêtés, quelquefois jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il était témoin de deux décès sous interrogatoire. « Quand j’y pense encore… J’ai honte, je restais indifférent. Personnellement, je n’ai pas levé le petit doigt. J’ai honte pour moi bien sûr et pour ceux qui ont laissé faire ou organiser ces tortures », explique-t-il.

Quant à Fernand, qui dit avoir côtoyé la « haine » du côté français — exactions, tortures, assassinats et politique de la terre brûlée —, il a fait également le constat de la violence inouïe dont savaient faire preuve les « rebelles algériens ». Dans la région de Saïda, il a assisté à quelques embuscades. Plusieurs de ses amis sont « tués, massacrés […], achevés à la hache ».

Toutefois, au milieu de tous ses souvenirs douloureux, il garde en mémoire quelques faits pleins d’« humanisme » et d’héroïsme ordinaire, lesquels sont accomplis par des soldats qui défendaient leur idéal républicain en refusant de s’adonner aux exactions et par des révolutionnaires prêts à mourir pour défendre l’honneur de leur peuple.

Dans ce sens, il raconte : « Trois jeunes Algériens ont été incorporés dans notre section. Cela se passait bien avec eux. Une nuit, l’un d’eux est parti avec son arme. Lors d’un accrochage, il a été tué en criant ‘vive l’Algérie’ libre ! » Mais question « belles » histoires, Gabriel était sans doute l’appelé le plus chanceux. Il a passé la plus grande partie de la durée de son incorporation en tant qu’instituteur, s’occupant d’une classe d’enfants indigènes à Guelâa, dans le douar Amalou (Béjaïa) : « Mes élèves m’invitaient à aller boire le ‘kawa’ chez eux. »

Ces quelques extraits en disent long sur l’importance de ces témoignages inédits et d’une valeur historique indubitable, surtout que les écrits des anciens soldats sont enrichis par plusieurs photos de l’époque, illustrant leur vie à la caserne, en ville et au maquis. Sur quelques-unes, on constate leur insouciance, voire leur inconscience, par rapport à la réalité du conflit. Sur d’autres, leur solidarité avec la population autochtone qu’ils ont appris à connaître et comprendre ses souffrances, infligées par le colonialisme qu’ils servaient.

En guise de conclusion, les auteurs et tous les « anciens combattants » -qui ont raconté ce qu’ils ont vécu- affirment qu’ils sont soulagés d’avoir enfin pris la parole pour dire qu’ils ne sont « pas fiers d’avoir fait la Guerre d’Algérie. Elle a été un terrifiant et dramatique fiasco. […] Parce que cette guerre n’était pas légitime en faisant obstacle à la juste revendication du peuple algérien, nous refusons le titre d’anciens combattants.

Nous nous considérons comme des anciens appelés en Algérie, contraints de faire une guerre que nous avons cautionnée par notre silence ». C’est pourquoi ils ont décidé de reverser leurs primes de retraite de l’armée à des projets associatifs en Algérie, ainsi que les bénéfices de la vente de cet ouvrage. Ils aspirent à un travail de mémoire plus apaisé en France et en Algérie, dans la perspective d’une réconciliation franco-algérienne plus d’un demi-siècle après la fin de la guerre.

Ghezlaoui Samir

Source : El Watan http://www.elwatan.com/-00-00-0000-355741_155.php

Tourner la page de la guerre d’Algérie. Quatrième de couverture

Ce livre est en vente chez Kalydéa au tarif de 10 €. :
Kalydéa Imprimerie

Messages

  • Commentaire d’un participant à la confection du livre de laAcG « guerre d’Algérie - guerre d’indépendance » et habitant le même département que les auteurs de ce livre présenté ici :
    ". Ce livre m’a paru intéressant dans sa simplicité. il est même très original y compris dans sa confection : 6 adhérents de la 4AcG - sans l’aval explicite du C.A. ou de l’association - se retrouvent entre eux , habitant le même secteur géographique et avec des points communs, le monde rural, le passé syndical et la sensibilité tiers-mondiste … en y associant leur entourage féminin. Et aussi sans les états d’âme que nous avons pu connaître, ils sortent un petit livre qui se tient, à la lecture facile … sans passer par les labyrinthes universitaires. C’est une initiative digne d’intérêt . Bravo à eux.

  • Chers Amis, Bonjour, je pense en effet que 56 ans après cette guerre fratricide, il serait enfin temps de se tendre la main de part et d’autre de la méditerannée, car nous avons été forcés à y participer malgré nous, c’est un message que j’essaie de faire passer aux membres de l’association que je prèside, association originale puisqu’elle regroupe des membres des diverses origines telles que : CATM, FNACA,ARAC et UNCAFN, nous nous sommes bien réconciliés avec les allemands (De Gaulle et Adenauer) les viets minh (Bigeard Giap) pourquoi ne pas le faire maintenant !!!!en tous cas félicitations pour votre esprit de reprise de dialogue pour voir enfin naître une « vraie paix des braves » JM CHOEUR Pdt des A.C. de LOFFRE (59)

  • Manifeste sur les séquelles de la guerre d’Algérie de 1954-1962 et 2012
    Nous avons été trois millions de jeunes à être appelés ou rappelés en Algérie, pour aller faire une guerre coloniale,« de maintien de l’ordre et de pacification » comme ils disaient. Incorporés pour une durée de dix huit à trente mois et jusqu’à quatre ans pour certains, c’est contraints et forcés que nous avons été gratuitement (a) envoyés là-bas. Trente mille y ont laissés leur vie et soixante dix mille handicapés-psycho-traumatisés.
    On n’a pas demandé à y aller, notre seul souci arrivé dans les djebels, c’était d’abord de rester en vie, parce que nous étions forcés de faire la « guerre » et surtout d’avoir la « quille » pour rentrer le plus vite au pays, de tout oublier et de retrouver nos familles et notre travail. Néanmoins nous étions, pour beaucoup indifférents sinon favorables à la demande légitime d’indépendance de l’Algérie au regard des sacrifices humains que les algériens ont consentis.
    Il est temps de nous rendre la mémoire de notre histoire réelle, trop longtemps polluée par une idéologie orientée, malsaine et partisane, nous avions vingt ans (1) et le plus souvent ignorant du pourquoi de ce qui nous attendait. Notre tort c’est de n’avoir pas parlé après, parce que c’était une « guerre » coloniale qui ne disait pas son nom et l’histoire n’a retenue que cela et nous sommes considérés « que » pour cela maintenant. Le mutisme et le repli sur soi a été une erreur, maintenant il est un peu tard, cette souffrance plus ou moins grande, nous a accompagnée et baignée dans une sorte de « honte coupable » accompagnée par des qualificatifs, comme « mercenaires (2) fascistes, tortionnaires, racistes ou violeurs » (3) ces qualificatifs ne nous concernent absolument pas pour l’immense majorité d’entre nous, mais ils ont provoqués une perte d’estime dans beaucoup de familles et de milieux sociaux et ont favorisés une sorte d’ostracisme mémorial, car lorsque l’on veut s’en expliquer maintenant, on se trouve en décalage par rapport à ce qui est convenu de penser sur ce sujet. (4).
    Le respect objectif de cette mémoire n’est pas encore arrivé concernant tous ceux qui n’ont rien à se reprocher dans ce conflit, bien au contraire (5) mais des « forces » (6) venant de milieux qui « devraient naturellement favoriser » cette reconnaissance, entretiennent sur l’histoire de cette souffrance qu’ont connus des milliers de jeunes, un sentiment d’indignité et de vindictes colonialistes souvent assimilés aux miliciens de Vichy, comme fascistes, racistes, violeurs, tortionnaires et mercenaires (bis) alors que l’immense majorité ne rêvait que de rentrer au pays et de reprendre leur place dans la société, c’est ce qu’ils ont fait, pour ceux qui en sont revenus, mais aussi pour s’enfermer dans un mutisme et de laisser la parole aux « képis » et « bouffeurs de bougnioules » d’une part, et les « pro-FLN »Sartriens« , islamisants » et autres « passeurs de valises » d’autre part, terribles intox qui perdurent encore. Des suicides apparaissent encore dans nos campagnes face à ce silence inepte.
    À notre retour c’était très simple : soit on a été incapable de garder par « lâcheté » l’Algérie à la France, soit on est considérés comme des fascistes et tortionnaires d’avoir essayé, pour certains, de la faire, !
    Le peuple algérien est aussi concerné par l’histoire authentique de ces années de souffrance, on « estime » à 250 000 morts côté algérien et la suite a été encore pire après 1962 ; 155 000 morts dus aux règlements de compte et aux islamistes sur toute la population (6) ainsi qu’au pouvoir corrompu algérien et ce n’est pas fini.
    Et les harkis ! dont certains étaient décorés des deux dernières guerres, pour nous avoir aidés à combattre les allemands et les nazis et qui ont été abandonnés par la France à leur triste sort.
    (1) - Il faut rappeler que nous étions pour la plupart encore mineurs puisque la majorité était à 21 ans à l’époque, par conséquent ni droit de vote et toujours tributaires des parents, seulement le « droit » de se faire tuer !
    (2) - Voir ; des « mercenaires », puisque que la différence n’est toujours pas encore faite entre les militaires de carrière payés en double solde… pour faire ce boulot et maintenus le plus souvent en métropole pour former les appelés, puisque les rappelés étaient déjà entraînés aux maniement des armes et dirigés en direct au combat. Les appelés après leur formation sont envoyés ensuite, (ou bien directement) se faire tuer à leur place et toujours gratuitement. À comparer avec ceux d’Afghanistan actuellement, qui sont volontaires et payés pour cela, soutenus par la nation éplorée par les quelques 86 morts inévitables, avec funérailles nationales, alors que les cercueils (dix par jour pendant huit ans) des appelés morts en Algérie étaient rapatriés en catimini derrière les docks de Marseille ou du Havre.
    (3) - Dans un film documentaire, il est bien dit que : « tous les appelés ont torturés »… Il est certain que des exactions inqualifiables ont été commises libres ou commandées, inhérentes à ce genre de conflit des deux cotés ici comme ailleurs.
    (4) - Même, et parce que nous ne sommes pas historiens ou écrivains ! on nous refuse encore le droit de s’exprimer sur ce sujet, et le seul fait de vouloir le faire génère dans certaines familles des « rejets » et une perte d’estime incompréhensibles et douloureux, dus le plus souvent à l’ignorance, la manipulation sectaire et corollaire à l’obscurantisme ambiant.
    (5) - Ce sont les appelés du contingent qui ont contribués à stopper le coup d’état des généraux fascistes de l’OAS comme Salan, Challes, Zeler et Jouhaud et autres, qui prévoyaient de « sauter » sur Paris pour prendre le pouvoir. Ce conflit n’aurait jamais dû existé, L’Algérie était leur dernière colonie, juste après avoir perdu l’Indochine, où, avec les gros colons ils pouvaient espérer conserver leurs privilèges coloniaux, propriétés, boys et servantes, gérants de bordels et trafics en tous genres. Bien entendu certains ne sont pas à mettre dans ce même panier, comme le Général de La Bollardière par exemple, et bien d’autres. Toutes les commandes économiques étaient essentiellement aux mains des européens et pour les européens, et un passage en douceur et assisté vers l’indépendance aurait bien pu se faire dans ce nouveau pays tout en conservant le million de petits Pieds-noirs dont l’Algérie était aussi leur terre.
    (6) - Dans les années 1995-1998, avant et après, on trouve Abdelhamid Abou Zeîd parmi les massacreurs des populations en Algérie au sein des GIA, où à l’époque, « certaines » des « belles âmes » de gauche (et je suis de gauche) ou d’extrême gauche en France nous demandaient « de les comprendre », pensant qu’ils étaient là pour défendre ces populations alors qu’ils les massacraient, au nom d’Allah. On retrouve cet Abou Zeîd avec son « copain » Mokhtar Belmokhtar auteurs des enlèvements d’européens au Niger en 2010. dont Pierre Legrand. BLAIN Joseph - le 19 mars 2012 à Couffé.

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