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France-Algérie, l’impossible dialogue
samedi 1er mars 2025, par
Par Claire Carrard - Courrier international - mercredi 26 février 2025
À la une de l’hebdo. France-Algérie : l’impossible dialogue
Chaque semaine, “Courrier international” explique ses choix éditoriaux. Dans ce numéro, nous décryptons les raisons du malaise persistant entre Paris et Alger. Jamais, depuis des décennies, les relations entre les deux pays n’avaient été aussi tendues. Les explications de la presse étrangère. Nous revenons aussi largement sur les trois ans de la guerre en Ukraine et la position, de plus en plus inconfortable, de Volodymyr Zelensky après le rapprochement entre Washington et Moscou.
C’est sans doute la visite de trop. Lundi 17 février, Rachida Dati, la ministre de la Culture française, s’est rendue à Dakhla, au Sahara occidental. Une venue historique pour le Maroc, inacceptable pour l’Algérie, et contredisant “tous les usages diplomatiques en vigueur”, écrit dans un éditorial cinglant le quotidien L’Expression, proche du pouvoir à Alger. “Il y a dans cette visite ‘symbolique’ une intention de faire cesser un discours raisonnable français et algérien, déplore Saïd Boucetta. La volonté du gouvernement Bayrou, sous emprise de l’extrême droite, est de renouer avec l’insulte et l’invective.” Le ton est donné.
De fait, depuis quelques mois, le divorce paraît consommé entre les deux pays. Et plus rien ne semble pouvoir arrêter l’escalade des tensions. Il faut dire que les dossiers s’accumulent avec l’ancienne puissance coloniale. À la question mémorielle s’ajoutent donc désormais celle du Sahara occidental, le cas de l’écrivain Boualem Sansal, arrêté mi-novembre et emprisonné depuis pour des déclarations jugées subversives (toujours incarcéré, gravement malade, il vient d’entamer une grève de la faim), le contentieux sur les réparations liées aux essais nucléaires français dans le Sahara algérien en 1960, l’offensive du gouvernement français sur les passeports diplomatiques – en janvier, Gérald Darmanin annonçait son intention d’en finir avec la possibilité offerte aux dirigeants algériens de se rendre sans visa en France – et la polémique sur l’application des OQTF, après l’attaque au couteau de Mulhouse, samedi 22 février, qui a fait un mort et provoqué une nouvelle sortie virulente du ministre de l’Intérieur français, Bruno Retailleau, contre Alger, accusé d’avoir refusé de reprendre “à dix reprises” l’auteur présumé de l’attaque, objet d’une mesure d’expulsion.
Comment en est-on arrivé là ? Et surtout, comment sortir du cycle irrationnel des ruptures et des réconciliations entre les deux pays ? C’est l’objet de notre dossier cette semaine (Courrier international du 26 février, ndlr) . Car “l’ambiance n’avait pas été aussi électrique entre la France et l’Algérie depuis des décennies”, explique Maher Mezahi, journaliste indépendant algérien, dans un article passionnant publié par le site d’information Africa Is a Country. Le tournant de cette crispation pour l’auteur ? Le sommet du G7 en Italie, l’été dernier, en marge duquel Emmanuel Macron a annoncé à son homologue algérien, Abdelmadjid Tebboune, “l’intention de Paris de soutenir officiellement le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental, qualifié de ‘seule base’ possible d’un règlement du conflit”.
C’est à partir de là que tout a basculé. Les Français n’ont pas mesuré l’importance du Sahara occidental pour Alger, provoquant la colère du régime (qui a rappelé son ambassadeur sine die). C’est la fin d’une relation privilégiée, estime The New Arab. Le soutien français au Maroc “a été vu comme une trahison par Alger”.
Et pourtant, rappelle Maher Mezahi, Emmanuel Macron “a fait plus pour la réconciliation [entre les deux pays] que n’importe lequel de ses prédécesseurs”. Cela ne suffit pas. Pour assainir la relation entre Paris et Alger, il y a, estime-t-il trois conditions : “Le gouvernement français doit reconnaître le caractère criminel de la colonisation de l’Algérie ; l’armée française doit ensuite contribuer à la décontamination des sites nucléaires ; enfin, les objets précieux doivent être restitués à l’Algérie.” On en est encore loin.
Dans ce numéro, nous revenons également sur les trois ans de la guerre en Ukraine après le rapprochement spectaculaire entre Washington et Moscou ces derniers jours au détriment de Kiev et des Européens. Pour Volodymyr Zelensky, le plus grand des défis est à venir, explique le Financial Times. Celui qui était devenu sur la scène internationale “l’incarnation de l’Ukraine”, pour reprendre les termes d’un de ses proches cité par le quotidien britannique, “doit désormais livrer le plus dur de ses combats politiques. Le défi n’est plus d’être une source d’inspiration pour le monde, mais de garantir que la communauté internationale continue à rester aux côtés de l’Ukraine”. C’est tout l’enjeu des prochaines semaines.
Claire Carrard
Source :
4ACG Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami.e.s Contre la Guerre