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Pour les journalistes algériens, le bâillon ou la prison

vendredi 6 janvier 2023, par Michel Berthelemy

En Algérie, la liberté de la presse n’est plus qu’un slogan. L’un après l’autre, les médias disparaissent, étouffés par un pouvoir de plus en plus autoritaire. Après El Watan, Liberté et bien d’autres, c’est aujourd’hui Radio M et Maghreb émergent qui en sont victimes.

source : Karim Amrouche, Le Monde Afrique, 27 décembre 2022

Le pouvoir algérien ne veut voir qu’une tête, la sienne. Celle d’un régime autoritaire sourd et aveugle aux aspirations de son peuple. En arrêtant, la nuit du 24 décembre, le directeur de Radio M et du site Maghreb émergent, il a tué le dernier espace d’une liberté d’information désormais moribonde en Algérie. Leur responsable, le journaliste Ihsane El-Kadi, a été emmené par la DGSI, menotté, au milieu de la nuit, à la caserne Antar de Ben Aknoun, sur les hauteurs d’Alger. Les locaux ont été perquisitionnés, les équipements saisis, avant que les bureaux soient mis sous scellés.

Ihsane El-Kadi avait déjà été convoqué à Ben Aknoun le 27 novembre. Des agents de la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure) étaient venus au siège d’Interface Médias, l’agence qui rassemble Radio M et Maghreb émergent, et lui avaient dit : « Suivez-nous, vous connaissez l’adresse. » Une allusion à une précédente visite forcée à la caserne Antar, le 10 juin 2021, à la veille des élections législatives. Le journaliste Khaled Drareni et l’opposant Karim Tabbou avaient été également arrêtés à cette occasion et conduits au même endroit.

« ?Sale temps pour la liberté de la presse ? »

Ihsane El-Kadi, qui fait face à un harcèlement judiciaire incessant depuis plus de trois ans – il a notamment été condamné, en juin 2021, à six mois de prison ferme sans mandat de dépôt pour un article d’opinion sur la place des islamistes dans le Hirak – n’a pas, dans un contexte de répression tous azimuts, gardé un profil bas. Il continuait à s’exprimer librement, alors que les médias du pays sont largement caporalisés.
« Sale temps pour la liberté de la presse et pour toutes les libertés démocratiques en Algérie », a réagi Abdelouahab Fersaoui, président de l’association Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ), dissoute en octobre 2021 par les autorités. Pour lui, Radio M et Maghreb émergent étaient « les derniers samouraïs de la presse libre en Algérie ».
Pour le conseil d’administration d’Interfaces Medias, le harcèlement que « subit depuis trois ans notre plate-forme médiatique n’a pas d’autre fondement que celui d’empêcher l’exercice libre du métier d’informer pourtant garanti par toutes les constitutions depuis février 1989 ». Le communiqué soulignait que les autorités visent « aujourd’hui de plus en plus clairement à nous retirer, par différents moyens, notre statut établi d’éditeur de presse électronique ».

Une réaction 

Bernard Deschamps, ancien compagnon de route de la 4acg, note dans son blog en date du 29 décembre :
« ?La fermeture d’un média, quel qu’il soit, est un acte d’une extrême gravité. C’est une violation des acquis démocratiques déjà fortement malmenés.
La mise sous scellés de Radio M et Maghreb Emergent est une mise à mort avec préméditation et le signe supplémentaire d’une volonté du pouvoir en place d’empêcher toute expression libre et démocratique dans la presse et plus largement, dans la société ? ».

Les liens 

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2022/12/25/dernier-espace-mediatique-libre-en-algerie-le-siege-de-radio-m-a-ete-mis-sous-scelles-son-directeur-arrete_6155669_3212.html

http://www.bernard-deschamps.net/2022/12/arrestation-du-jounaliste-algerien-ihsane-el-kadi-et-les-medias-radio-m-et-maghreb-emergent-mis-sous-scelles.html

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