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Témoignages sur la guerre d’Algérie au lycée professionnel Le Corbusier à Cormeilles–en-Parisis
mardi 11 février 2025, par
C’est à la demande d’une professeure d’histoire et géographie, Madame Narimene Missoum, que cette rencontre a pu être organisée le 3 février 2025
Elle avait découvert, grâce à notre site, que nous organisions des interventions dans les classes afin d’évoquer notre expérience durant la guerre en Algérie et notre ressenti pendant et après notre retour. C’est ainsi que j’ai pu entrer en contact avec elle et organiser l’après-midi du 3 février.
Partisan d’interventions à plusieurs voix pour montrer la complexité de cette guerre et qu’un chemin est possible vers la fraternité entre les adversaires d’hier, j’avais invité Madame Lalia Ducos, indépendantiste qui a fait toute sa carrière professionnelle en Algérie, et Jean-Paul Ducos, son mari, qui s’opposa aux ultras quand il était étudiant à Alger et qui ensuite resta en Algérie pour enseigner les mathématiques à l’université. J’avais également sollicité un harki, mais celui-ci, sortant de l’hôpital, était trop fatigué pour venir à Cormeilles-en-Parisis.
Nous avons été pendant deux heures devant une vingtaine d’élèves de classes terminale du Lycée mais aussi 4 ou cinq professeurs de différentes disciplines qui avaient été invités par Madame Missoum et qui avaient été alertés par l’affiche qu’elle avait réalisée.
Lalia introduit son intervention en indiquant que le travail de mémoire et le devoir de transmission sont importants, aujourd’hui dans la société française.
Son père qui travaillait d’abord dans une usine d’anchois à Cherchell a pu progresser et devenir représentant de commerce. Sa mère analphabète faisait de la couture de façon occasionnelle. Elle a pu aller à l’école, ce qui était rare pour une « indigène ». Elle était bonne élève à l’école élémentaire mais après l’école primaire l’orientation prévue devait la conduire selon l’usage pour une Arabe, vers une école professionnelle visant à une formation de ménagère. Ses parents refusèrent, et elle put être inscrite au collège à Blida puis dans un lycée franco-musulman d’Alger, comme pensionnaire. Elle se souvient de cette période bénie où elle ne constatait pas de discrimination entre les élèves. Elle se souvient aussi d’avoir vu sur une plage de Castigliole l’écriteau « interdit aux chiens et aux Arabes »…
Son père militait au FLN. Il fut arrêté en 1958, torturé et sa famille n’a pu savoir où il était que 40 jours après le début de sa détention. A sa libération il était très diminué, cassé.
Lalia a trouvé un emploi gratifiant dans un service municipal, mais elle a été témoin, alors qu’elle rentrait chez elle, d’un attentat réalisé par les ultras, qui a fait deux morts sous ses yeux, et qui l’a traumatisée. Elle est alors venue à Paris, comme jeune fille au pair, pour poursuivre ses études et bénéficier de plus de sécurité.
Dès l’indépendance, elle est revenue en Algérie où elle s’est engagée dans des actions militantes concernant en particulier le statut des femmes en Algérie.
Jean-Paul est né au village de Montagnac près de Tlemcem. Son père après son service militaire est resté en Algérie et sa mère avait émigré d’Espagne quelques décennies auparavant. Son père était pénétré de la devise républicaine : Liberté, Égalité, Fraternité. Chez lui, on recevait des Arabes à la maison, et même, son père a tenu à ce que, en complément de l’école laïque il s’inscrive à l’école coranique ce qui lui valait un statut très particulier.
Arrivé à l’université à Alger il n’a pas reconnu le monde qu’il connaissait. À l’université le clivage entre les pieds noirs et les quelques Arabes inscrits était très fort.
Alors qu’il ne pensait d’abord qu’aux « maths, au foot et aux filles » il s’éveilla à la politique par la lecture de quelques journaux engagés à gauche, la fréquentation de camarades militants et surtout la lecture du livre d’Aimé Césaire « Discours sur le colonialisme ». Partisan du CALD (Comité d’Action Laïque et Démocratique) qui ne représentait que 30 % d’étudiants, il s’opposa à la majorité que détenaient les partisans de l’AGEA de Jean-Jacques Susini.
Il poursuivit ensuite ses études en France… rencontra Lalia et ils décidèrent de s’épouser.
Quant à moi, Christian Travers, je représentais à la fois les anciens appelés mais aussi la 4acg et ses valeurs.
Voici quelques-unes des questions posées par les élèves :
– Monsieur Travers après avoir été incorporé en Algérie pendant plus de deux ans, comment s’est passé votre retour à la vie civile ?
– Monsieur Ducos, comment avez-vous rencontré Lalia ?
– Quel a été le rôle de de Gaulle pour arrêter la guerre ?
– Les uns et les autres, après votre retour et depuis, êtes-vous parfois victimes de flashbacks qui vous ramènent vers les événements douloureux dont vous avez été victimes ?
– Monsieur Travers vous étiez conscient que la lutte du peuple algérien pour sa libération était légitime, et pourtant vous êtes allé guerroyer en Algérie. Comment pouvez-vous l’expliquer ?
– Monsieur et madame Ducos, vous êtes citoyens algériens, toute votre carrière professionnelle s’est exercée en Algérie et pourtant, le plus souvent vous vivez en France. Pourquoi ?
Christian Travers
4ACG Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami.e.s Contre la Guerre