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Pendant des années après l’indépendance, la France a expérimenté des armes chimiques et bactériologiques au Sahara

mercredi 14 septembre 2022, par Michel Berthélémy

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Les années qui ont suivi l’indépendance ont vu se dérouler des expériences non seulement nucléaires, mais aussi chimiques et bactériologiques au Sahara.

Jean-Jacques Allevi, Géo Histoire spécial Guerre d’Algérie , février/mars 2022

La volonté de la France de garder la mainmise sur le Sahara est révélée dans une annexe ultra-secrète des Accords d’Evian. Une clause minutieusement dissimulée par les autorités françaises et algériennes pendant plus de trois décennies, jusqu’à l’enquête du 23 octobre 1997 parue dans « Le Nouvel observateur ».
Durant plusieurs années après la guerre d’Algérie, l’armée française a procédé dans une base clandestine répondant au nom de code B2-Namous à l’expérimentation d’armes chimiques et bactériologiques. Dans un espace de 100 km de long et de 60 km de large situé près de Beni Ounif dans le nord du Sahara, à proximité de la frontière marocaine, la France, soucieuse de rivaliser avec les Etats-Unis et l’Union soviétique, a travaillé sur les « agents chimiques mortels et incapacitants et des agents bactériologiques ». Des grenades, des mines, des obus, des missiles chargés de substances hautement toxiques, notamment du gaz sarin, ont ainsi été testés à ciel ouvert dans ce qui était alors le plus vaste centre d’essais bactériologiques du monde, hors URSS. Un lourd secret d’État confirmé au Nouvel observateur par Pierre Messmer, ministre des Armées du Général de Gaulle.

Un pacte secret entre la France et l’Algérie
La France a pu réaliser ces tests grâce au pacte conclu dans l’ombre avec l’Algérie indépendante. Initialement négocié pour une durée de cinq ans, cet arrangement permettant l’utilisation de B2-Namous fut renouvelé à la demande de la France en 1967. Puis encore en 1972 au moment où à Paris, l’assemblée nationale adopta une loi « interdisant la fabrication, la détention, le stockage, l’acquisition et la cession d’armes biologiques ». A chaque fois, Houari Boumediene, chef du gouvernement, puis président de l’Algérie (au pouvoir de 1965 à 1978), pourtant chantre de l’anticolonialisme et allié de l’Union soviétique, accepta personnellement la prolongation. « Il a compris que l’accord donné pour le maintien des militaires français sur la base B2-Namous est aussi son assurance-vie politique dans ses rapports avec la France », décrypte l’universitaire Naoufel Brahim el Mill.
Officiellement, le site B2-Namous a été démantelé en 1978 puis « rendu à son état naturel ». C’est du moins ce qu’a répondu le ministère de la Défense interrogé sur le sujet en 1997. Une affirmation contestée depuis par le général algérien Rachid Benyelles qui, dans ses mémoires parus en 2017 (Dans les arcanes du pouvoir, éd. Barzach), avance que les tests se sont poursuivis jusqu’en 1986. Durant ces décennies, des centaines de militaires français ont opéré sous couverture civile, prétendument employés par la Sodeteg, une filiale de Thomson.
Une histoire enfouie à tout jamais dans le désert ? Pas si l’on en croit Jean-Dominique Merchet. En février 2013, ce journaliste, expert en affaires militaires et stratégiques, a révélé que le Président de la République François Hollande avait conclu, en décembre 2012, un accord confidentiel avec son homologue algérien Abelaziz Bouteflika pour dépolluer l’ex-base B2-Namous.

Jean-Jacques Allevi

Le site histoirecoloniale.net a consacré un long article aux essais nucléaires et bactériologiques menés par la France au Sahara durant les années qui ont suivi l’indépendance. Ces essais, réalisés avec l’accord des autorités algériennes, ont gravement exposé les habitants et les appelés du contingent à des risques de contamination déjà connus à l’époque. Nul ne sait si ce site, qui aurait servi de lieu de détention dans les années 1990, a été décontaminé, comme c’aurait été convenu entre l’Algérie et la France en 2012.

Lire l’article complet, signé par les historiens Bruno Barillot et Alain Ruscio : https://histoirecoloniale.net/Au-Sahara-le-lourd-passe-nucleaire-et-chimique.html

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