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Bigeard... et alors...

jeudi 30 mai 2024, par Gérard Webmestre , Jean-Marie Mire

Hanifa lisant le texte de Jean-Marie : « Bigeard... et alors... »

Bref résumé de la mobilisation anti Bigeard du samedi 25 mai 2024

Texte d’Hanifa, membre du Collectif messin du 23 juillet 1961 – nuit des paras.

Lorsque nous sommes arrivées place Nelson Mandela, vers 16 h il y avait déjà pas mal de monde.
L’endroit était très bien choisi car à la croisée d’une sortie de la place Stanislas et d’une entrée de la Pépinière, à savoir lieu de fort passage.
Le beau temps était au rendez-vous et donc beaucoup de promeneurs qui finirent pour certains par s’arrêter et rester, gonflant ainsi les rangs des militants.
Les organisateurs avaient prévu un super groupe de musiciens, des militants rebelles les Moc’choeur ; une très chouette chorale aussi, les "Sans nom" .
L’auditoire était très attentif et nombreux ; les prises de paroles, nombreuses, étant ponctuées d’intermèdes musicaux, la mobilisation a duré assez longtemps et l’auditoire a fini par diminuer bien que restant important.
La puissance de ton texte a, sans aucun doute beaucoup plu et ému les auditeurs, car un concert d’applaudissements a suivi.
D’autres beaux discours ont suivi, citant ces chers Césaire, Fanon et autres décoloniaux.
Trois autres personnes du MRAP Metz, Anne Feray, Brigitte Kavur et un certain Michel étaient également présentes. Anne a lu aussi un beau discours où, à mon grand plaisir, elle cita Émilie Busquant.
Deux partis politiques, EELV et la FI ont pris la parole, la deuxième étape de cette mobilisation fut une remise de textes/motions à la préfecture de Nancy, dont celui de la 4acg.

Pas de statue de Bigeard dans l’espace public

Bigeard… et alors…

Texte écrit par Jean-Marie Mire et lu par Hanifa lors du rassemblement « Toul doit renoncer à ériger une statue de Bigeard dans l’espace public ! », le samedi 25 mai 2024 à Nancy

Je m’appelle Jean-Marie Mire de Metz. Je me permets d’intervenir en tant qu’ancien appelé en Algérie, adhérent et aussi représentant la 4ACG, Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami(e)s Contre la Guerre et de l’Association de Metz du 23 juillet 1961, appelée nuit des paras.

Presqu’île de Collo, en Kabylie :

Le lieutenant-colonel Bigeard débarque en octobre 1955, la torture peut s’intensifier.

Témoignage de Stanislas Hutin, de la 4ACG, ancien appelé : « Mon unité… s’est trouvée sous les ordres du colonel Bigeard, commandant à l’époque la région "Nord Constantinois". C’est bien lui qui nous a "enseigné", à nous, [appelés],les pratiques des trop célèbres "corvées de bois", gégène… »

L’Adjudant-chef arrive en mai 1961 dans le camp de regroupement dans lequel j’étais. Il commande notre section et pratique la torture à l’aide de la gégéne. J’entends toujours les cris déchirants de cette femme, nue, Lachoumi… Lachoumi. Nous avions été conditionnés pour accepter ces tortures : il fallait torturer pour arrêter des résistants algériens.

Il y a eu aussi :

Le Général de Bollardière, qui pour avoir refusé de faire usage de la torture, a été condamné à de la forteresse.

Il y a eu aussi des appelés, comme notre camarade Bernard Dutoit de la 4ACG, ancien paysan, décédé le 14 mai dernier. Voilà un extrait ce qu’il a écrit, il y a quelques années :

« J’ai vécu un trop long séjour le long du barrage électrifié, à la frontière tunisienne. Je me suis souvent interrogé sur l’obéissance aux ordres et mon devoir de citoyen. J’ai eu le privilège durant plusieurs mois d’être le chef d’un groupe de Français musulmans appelés. Nous partagions les mêmes peurs en embuscade, en opération. Nous avons vécu ensemble une grande complicité et une merveilleuse confiance réciproque… Que sont-ils devenus ? Nous avons refusé l’ordre de tirer sur tout ce qui vivait entre les deux barrages électrifiés. Nous avions vu au cours de patrouilles que des familles s’y réfugiaient encore avec leurs animaux malgré les consignes…c’était vital pour leur survie. Leurs terres peu productives étaient dans cette zone interdite. Notre chef de corps a compris ma désobéissance, et tant mieux pour le groupe qui était passible de grosses sanctions. »

La 4ACG a vu le jour en 2004, à l’initiative de 4 paysans du sud-Aveyron. Ils ont décidé de reverser leur pension d’Anciens Combattants d’Algérie, à des Associations algériennes œuvrant à la réfection d’écoles, à des adductions d’eau, à des plantations d’arbres fruitiers, à des bibliothèques, des formations de jeunes et d’animateurs, à l’aide au développement… 1 200 000 euros ont été versés à ce jour.
– Interventions, dans toute la France, dans les écoles, des lycées, dans des salles de spectacle pour « Réfléchir, témoigner, œuvrer pour une réconciliation avec le peuple algérien. » .
– Voyages organisés en Algérie à la rencontre de diverses associations en lien avec la 4ACG.

Rémi Serres, notre Président d’honneur, dans notre dernier bulletin termine par ces mots « Supprimons les frontières et devenons tous citoyens du monde. »

Utopie ! Il est toujours possible de rêver .

Jean-Marie Mire

Voir : Pas de statue de Bigeard dans l’espace public.

https://www.4acg.org/Une-statue-de-Bigeard-a-Toul-Un-large-collectif-d-associations-dit-NON

Messages

  • Merci à et bravo pour ceux qui ont mené le combat pour que cette imposture n’ait pas lieu.
    Bigeard a profité de l’amnistie puis de la volonté d’oublier de ceux qui ont fait de lui un ministre. Aujourd’hui, en ces temps réactionnaires, il échappe à la colère de ceux qui se souviennent mais, un jour, pas si loin peut-être des jeunes qui, eux font, quand ils savent, le déboulonneront de son piédestal et le renverront au néant d’où il n’aurait dû jamais sortir.

  • Excusez moi de mettre en parallèle Bigeard et Eichmann.
    Eichmann etait un haut fonctionnaire du parti nazi, sa mission etait de remplir toutes les semaines des trains qui partaient pour les camps d’extermination.
    Tous les jours Il rentrait chez lui retrouver sa famille, et partait en vacances comme tout le monde, puis reprenait son funeste métier.
    Bigeard, en Algérie, j’ai eu l’occasion de le rencontrer sans savoir qui il était. C’est le vieux qui a les pattes des cheveux blanches" m’a dit un copain. Tout le commando etait en tenue "léopard", sans distinction de grade.
    Il partait en opération avec la légion cette fois là en "banane" appareil stationné sur la base aérienne de Tébessa où j’étais trouffions en 1958.
    Bigard etait une brute épaisse sans aucun doute, mais il montait à l’assaut en tête de sa section.
    Il n’etait pas plus responsable qu’Eichmann que Hannah Arendt dépeint au cours de son procès et qu’elle parle de la banalité du mal ". Ne croyez vous pas , que sans nier la responsabilité de ses tortionnaires, les vrais responsables sont avant tout les politiques, je pense à Mitterrand qui était garde des Sceaux, à Guy Mollet, et bien sûr Hitler et toute la maffia capitaliste qui l’a appuyé, les Krupp et consort
    Résumons, c’est le capitalisme qui mène le monde, et qui ne peut survivre que par les guerres.

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