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Lycéens et Anciens d’Algérie au lycée du Parc à Lyon

mercredi 27 avril 2022, par Victor Personnaz

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Le 8 avril 2022, Victor Personnaz et Jacques Villain se sont rendus à Lyon au lycée du Parc, à l’invitation de Monsieur Delourme et Madame Oiry-Lecoutre, professeurs d’Histoire.

L’objet de cette visite était une rencontre avec deux classes de Terminale au cours de laquelle les deux anciens appelés devaient parler de leur vécu en Algérie, car tous deux avaient fait une partie de leur service militaire entre 1957 et 1960 l’un dans l’Oranais, l’autre dans le Constantinois,
Ces deux classes suivent la spécialité HGGSP (Histoire-Géographie-Géopolitiques-Sciences politiques), et en particulier cette année « Les mémoires de la guerre d’Algérie et leurs évolutions depuis 1962 ».
Le proviseur adjoint du lycée Monsieur Romuald Eyraud vint saluer nos deux camarades, et les remercier de leur venue.

Les deux interventions durèrent environ deux heures et furent séparés par un déjeuner aimablement offert par les deux professeurs. A la deuxième intervention était également pressente une autre professeure d’histoire.
Les deux réunions se déroulèrent de la même façon. M. Delourme commença par présenter nos deux amis. Puis Victor Personnaz évoqua ses souvenirs d’Algérie. Non seulement ceux de cette guerre, mais aussi ceux de trois voyages récents organisés par l’Association des Anciens Appelés en Algérie contre la guerre (4ACG) dont il est un animateur actif. Il évoqua l’accueil chaleureux des Algériens, notamment celui d’un ancien rebelle, membre du FLN. Il retraça la naissance de la 4ACG en 2004, sous l’impulsion de 4 agriculteurs, éleveurs de brebis du Sud-Ouest de la France, dont Rémi Serres et Georges Treilhou, ce dernier récemment décédé. Il rendit hommage à Simone de Bollardière, épouse du Géneral de Bollardière, et présidente d’honneur de l’association depuis 2004, décédée en 2021.

Questions de lycéens…et réponses des Anciens

Ce bref exposé de fut suivi de la projection d’un film « Retour en Algérie » d’Emmanuel Audrain qui relate précisément la naissance de la 4ACG et raconte l’un des voyages qu’elle a organisé en Algérie en 2013. La projection fut interrompue avant la fin pour permettre aux lycéen-ne-s de poser des questions.
Parmi les questions posées à nos deux anciens par les élèves, on peut signaler les suivantes
1. Avez-vous envisagé de déserter ?
2. Avez-vous vu torturer ?
3. Avez-vous eu des relations avec la population de l’Algérie et notamment avec des pieds-noirs ?
4. Comment avez-vous réagi quand le général de Gaulle a été appelé au pouvoir en 1958 ?
5. Quel est votre souvenir le plus intense de la guerre d’Algérie ?
6. Comment avez-vous pu fraterniser avec un ancien ennemi ?
7. Comment avez-vous vécu après votre retour en France ?
Il y eut aussi une question concernant la sexualité, dont il est brièvement question dans le film. Victor Personnaz répondit en évoquant le BMC (bordel militaire de campagne) et en particulier celui qui existait pour tous les corps d’armée dans la ville de Tebessa, au sud est de l’Algérie, à la frontière tunisienne.
Jacques Villain exposa le désaccord entre les deux capitaines qui exerçaient le pouvoir dans son village : le capitaine administrateur (SAS) s’opposant à l’installation d’un bordel voulu par le capitaine militaire pour éviter que ses commandos de chasse ne violent les filles du voisinage.
Pour revenir aux questions posées, résumons quelques unes des réponses :
1) Oui, Victor Personnaz a envisagé de déserter, contrairement à Jacques Villain. Ce dernier estimait que la France était une démocratie et qu’il devait agir selon la loi, même si le gouvernement de Guy Mollet avait pris des décisions détestables.
2) Victor Personnaz n’a pas vu la torture sur la base aérienne où il est resté 15 mois.
On torturait quotidiennement dans le poste où se trouvait Jacques Villain, mais il n’a jamais vu torturer.
3) Victor Personnaz n’a guère rencontré que d’autres militaires ; Jacques Villain par contre a été en contact étroit avec des arabes pro-français dans un village de regroupement en construction.
4) Il furent tous les deux contre de Gaulle, mais avec le recul ils reconnaissent que son action politique fut habile et bénéfique.
5) Ni l’un ni l’autre n’ont connu de moment vraiment dramatique. Néanmoins Jacques Villain a un souvenir particulier du jour où un capitaine lui expliqua ce que devrait être son action, qui devait notamment comporter des interrogatoires sous la torture. Le refus fut poli mais pas très diplomatique, et lui valut quelques jours plus tard une menace de mort, peu avant son rappel en Europe.
6) Peut-être eût-il fallu citer Pascal : « Pourquoi me tuez‑vous ? » ‑ « Et quoi, ne demeurez‑vous pas de l’autre côté de l’eau ? Mon ami, si vous demeuriez de ce côté, je serais un assassin et cela serait injuste de vous tuer de la sorte. Mais puisque vous demeurez de l’autre côté, je suis un brave et cela est juste. »
7) Après la fin de leur service militaire ; près de 28 mois, ils revinrent à Paris, exercèrent leur métier, se marièrent, mais aussi prirent part à des manifestations pour exprimer leur soutien à la paix en Algérie et leur opposition à l’O.A.S. L’une de ces manifestations fut l’occasion d’une répression qui fit plusieurs morts au métro Charonne en février 1962.

Victor et Jacques gardent un très bon souvenir de cette intervention, de l’accueil chaleureux des enseignants et des élèves. Les questions posées furent intéressantes, et parfois surprenantes.

Monsieur Delourme a rappelé les interventions d’un autre membre de la 4ACG, Monsieur Bernard Gerland , décédé il y a 2 ans et dont la présence nous a beaucoup manqué.

Victor Personnaz

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